Art & politique : Bruce Clarke (1959- )

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Bruce Clarke, Paranoid, delusional (Se déplacer parmi les ombres), 2017, aquarelle / collage/ photomontage, 50 x 80 cm

Bruce Clarke, plasticien et photographe, est né à Londres en 1959. Ses parents sont originaires d’Afrique du Sud et se sont installés en Angleterre peu avant sa naissance. Après des études aux Beaux-Arts de l’Université de Leeds, il s’installe en France.

Collaborateur de Fest’Africa à Lille pour le projet “Rwanda : Écrire, filmer, peindre par devoir de mémoire”. En 2002, il est invité à une résidence d’artiste par le Conseil général de la Guadeloupe.

La démarche de Bruce Clarke est en soi un engagement, un commentaire critique sur le monde. Son travail plastique est inséparable d’un militantisme politique touchant en particulier à l’Afrique du Sud dont il a épousé les luttes au sein d’organisations anti-apartheid et avec l’ANC (African National Congress). Il continue d’ailleurs à travailler sur des projets culturels en Afrique en collaborant à l’Afrika Culturel Centre de Johannnesburg.

Dès le début des années 1990, avec des amis africains en exil, Bruce Clarke suit l’évolution de la guerre au Rwanda et les signes avant coureurs du génocide, puis est confronté à l’horreur en août-septembre 1994 lors d’un voyage à la demande du collectif des associations avec lesquelles il travaillait. C’est ainsi qu’a germé un projet de mémoire du génocide “le Jardin de la Mémoire”, sculpture mémorielle sur le génocide rwandais. Un jardin composé d’un million de pierres portant chacune le nom d’un disparu.

« Je suis allé la première fois au Rwanda comme photographe en août 1994, pour un collectif d’associations auquel j’appartenais et où je militais – le Collectif Contre toute Ingérence étrangère au Rwanda. Pour moi c’est important de dire, mais aussi, et surtout, d’agir. On ne pouvait pas laisser passer ça comme si on ignorait ce que se passait, et nous baisser les bras dans un réflexe de dépassement, de passivité… Après ce premier voyage, j’ai poussé la réflexion sur l’après-génocide plus loin. Quel rôle peut jouer l’artiste dans la conservation de la mémoire, réelle, vivante ? Peut-il contribuer aussi à la reconstruction psychologique d’un peuple traumatisé ? Il fallait selon moi rendre la réalité tangible du génocide car ce que l’on voyait, ce n’était pas des êtres humains, c’était une abstraction des êtres humains : c’étaient des ossements, des momies, des cadavres momifiés. Mais à un certain moment, ces personnes ont vraiment existé, et c’étaient des personnes comme vous et moi, et qui avaient toute une vie derrière, vie qui, bien sûr, étaient totalement annihilée maintenant… Ce fut le départ de ma réflexion… Il est fondamental de mettre des visages sur les victimes de tragédies telles qu’au Rwanda, en Palestine ou ailleurs dans le monde… »

Bruce Clarke se place en dehors d’un art complaisant et décoratif. Il voit dans l’art un moyen privilégié de s’exprimer et d’informer, bref de porter un regard sur le monde qui nous entoure. Sa recherche plastique en fait un éminent représentant d’une figuration critique.