Afghanistan : les États-Unis et l’Otan auront même raté leur sortie

Afghanistan : chaos à l'aéroport de Kaboul
16 août 2021, chaos à l'aéroport de Kaboul : des Afgnans s'accrochent aux roues et au fuselage d'un avion US... qui va décoller et les jeter dans le vide.

« Si la guerre est un fiasco depuis le début, y mettre fin demeure la décision la plus courageuse et sensée que le président américain pouvait prendre », écrit Lonesome Cowboy sur son blog Mediapart. Effectivement, qui pourrait reprocher aux États-Unis de se retirer d’un pays où ils n’auraient jamais dû poser leurs rangers il y a de cela une vingtaine d’années.

Mais le plus grave et le plus dommageable pour les États-Unis et leurs vassaux de l’Otan, c’est que non seulement ils ont perdu leur guerre en Afghanistan (comme à peu près toutes celles qu’ils ont menées depuis le Vietnam), mais ils ont aussi complètement foiré leur sortie. Et de fait définitivement perdu la face.

Scènes de chaos

Avez-vous vu le Département d’État américain préparer le départ de ses troupes, pourtant prévu de longue date ?

  • S’assurer de la transition avec le gouvernement afghan ?
  • Aménager des corridors pour permettre aux Afghans versés de leur côté (leurs harkis en quelque sorte) de se mettre à l’abri des représailles ?
  • Négocier l’aménagement de camps de réfugiés dans les pays limitrophes ?
  • Allouer des aides humanitaires à la population ?

Rien de tout ça ! Ils sont partis comme des voleurs livrant au monde entier des scènes de chaos indescriptibles, avec ces grappes humaines désespérées s’accrochant aux roues et aux fuselages d’avions US… qui décollaient malgré tout précipitamment, larguant les malheureux dans le vide.

Le 8 juillet dernier, Joe Biden annonçait encore en toute irresponsabilité que le pouvoir afghan « avait clairement la capacité » de tenir les talibans en respect. Juste avant que ces derniers ne contraignent en quelques jours l’armée régulière et le président afghan à une fuite honteuse. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus qu’à implorer les talibans de n’être point trop méchants, sans crainte du ridicule. Déclaration de Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, 17 août 2021 :

Le cadavre d’une civilisation

Aujourd’hui, voilà nos médias qui prennent fait et cause pour les femmes afghanes. Eux qui n’ont jamais frémi de ce qui arrivaient à ces mêmes femmes dans d’autres pays alliés comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar (oui, celui qui nous paie un Messi à prix d’or), les voilà qui se répandent en vertueuses indignations alors qu’eux-mêmes mettent ces mêmes femmes et leurs enfants en camp de rétention, détruisent leurs malheureux campements de fortune à Calais ou dans la vallée de la Roya, quand ils ne les laissent pas se noyer à nos portes sur leurs embarcations de misère. Cinoche minable, auto-complaisance consternante, blabla compulsif dérisoire !

Quelle image l’Occident va-t-il laisser au monde après ce départ pitoyable d’Afghanistan ? De quel avilissement et déshonneur, mérités, va-t-il encore être couvert ? Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères :

« C’est non seulement la crise humanitaire qui se déroule en Afghanistan qui est choquante, mais aussi la réaction même du monde démocratique à cette crise. »

Si nous étions une civilisation, nous n’en sommes plus que le cadavre.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.