Art & politique : Julien Spianti (1982- )

L'art très politique de Julien Spianti
Julien Spianti, In Tretyakov Gallery, 2013, oil on canvas, 195 x 130cm

Julien Spianti, dessinateur, peintre et réalisateur, est né en 1982 à Chartres. Il vit et travaille à Paris.

Julien obtient un master de philosophie esthétique à la Sorbonne en 2005, mais la lecture de Rilke le convainc de se consacrer exclusivement à l’art et à la création et d’abandonner ses études académiques. Il réalise alors plusieurs courts-métrages et vidéos expérimentales, écrit des nouvelles et monte ses premières expositions personnelles de dessin inspirées par les théories métaphysiques de Leibniz. Son oeuvre, qui convoque différents médiums, est fortement inspiré par sa culture littéraire et philosophique : on y retrouve des lieux mythologiques et des personnages bibliques apparentés aux figures de l’histoire contemporaine.

« Mes personnages ne semblent pas accepter la mort certaine. Ils vivent comme si de rien n’était, qu’ils soient à l’aune de la catastrophe ou bien après. Ce qu’ils nous disent, c’est que rien ne change, bien que nos conditions soient modifiées. Ils sont toujours violemment empêtrés dans l’inconscience de leur destin. »

L’atmosphère parfois angoissante de ses peintures dans lesquelles la brutalité transpire sous la codification stricte des rituels et de leur huis-clos, évoque les cinéastes tels Lars von Trier, Haneke, ou encore Vinterberg, dont il revendique la filiation. La corruption et l’effacement des visages – l’expression hilare presque grimaçante des personnages devient ici un leitmotiv – hantent ses images peintes en grisaille sur la toile ou sur le papier. Il se dégage une tonalité grave, nostalgique, celle du souvenir et de la disparition, comme une vieille photo est le témoin muet d’histoires tombées dans l’oubli.

L’oeuvre de Julien Spianti peut être décrite aussi comme une typologie des liens familiaux, lesquels lui servent de support narratif pour localiser les sources de la culpabilité et de la discorde. Dans une série consacrée aux repas de famille, il met en évidence l’ambiguïté du rituel familial, où le partage se mêle à la discorde, la gaieté à l’ennui et le plaisir à l’obligation.

« Le repas de famille est, au fond, une guerre de tranchées. Retranchés derrière nos assiettes, armés de couverts métalliques, barricadés derrière la table, nous faisons de la diplomatie, mais nous portons et recevons tous les coups… »

Les paysages et les espaces intérieurs, souvent intriqués les uns dans les autres, jouent également un rôle d’une importance considérable, permettant aux personnages mythiques ou bibliques d’être transposés dans la société moderne, de devenir métaphore d’évènements contemporains.