Art & politique : Giulia Andreani (1985- )

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Giulia Andreani Demonstrationsbild, 2019, 150 x 200 cm Cette toile fait référence aux « peintures de manifestation » (Demonstrationsbilder) de la RDA. Elle s’inspire d’une image d’archive datant des années 1970, documentant des rassemblements de femmes en faveur du droit à l’avortement en Italie.

L’artiste italienne Giulia Andreani est née en 1985 à Venise. Peintre et chercheuse, elle vit et travaille à Paris.

En 2008, Giulia obtient son diplôme à l’Académie des Beaux-Arts de Venise, en section peinture. Elle poursuit ensuite ses études à Paris en Histoire de l’art. En 2010, elle obtient un master en Histoire de l’art contemporain à Paris IV Sorbonne et devient pensionnaire de la Villa Medicis à Rome (promotion 2017-2018). En 2020, les Amis du Centre Pompidou acquièrent trois œuvres de Giulia pour le Musée national d’art moderne.

Giulia Andreani développe une peinture d’Histoire. Elle n’utilise qu’une seule couleur, un gris-bleu appelé le gris de Payne, teinte un peu magnétique qui évoque le côté miroité des anciens daguerréotypes et des vieilles photographies. Les images d’archive sont à la source de ses peintures. Un travail de recherche par lequel l’artiste exhume des photographies qui serviront de support à la construction de ses œuvres. Elle travaille à partir d’images d’époque qu’elle collecte dans les bibliothèques, les archives, les albums de famille : elles sont ensuite triées, recomposées et reproduites sur toile par le filtre subjectif de la peinture. Ses œuvres sont le fruit d’un long processus qui trouve sa source dans l’image d’archive et la littérature germanique, celles de l’Europe de la montée des dictatures et de la Guerre froide, jusqu’à l’éclosion au cœur de la RDA de la Nouvelle école de Leipzig. Giulia Andreani travaille sur la représentation des femmes dont le destin était de servir le pouvoir masculin. Pour traiter de la Première Guerre mondiale, elle choisit de représenter des femmes au travail, pompières ou cheminots, qui remplaçaient les hommes partis au front. Sa peinture sonde l’histoire et le cœur des hommes qui l’ont écrite mais aussi par son ouverture sur le présent, interroge notre regard sur l’histoire passée et présente de l’Europe, sur l’histoire de l’art.

Giulia Andreani incarne, avec une toute nouvelle génération de peintres, l’héritage artistique de la Nouvelle école, celle née à Leipzig dans les années 2000, mais aussi d’artistes historiques comme Gerhard Richter ou Georg Baselitz, et qui a marqué le retour d’une certaine peinture figurative.

« Je n’envisage pas la peinture comme un outil de sublimation. Il ne s’agit pas non plus d’esthétiser l’Histoire ou d’en faire un éloge, mais de faire une peinture qui passe par l’expérience critique, la mienne et celle du spectateur. C’est la raison pour laquelle un long travail de recherche documentaire précède ma peinture. La couleur que j’utilise est aussi en référence aux collages de Hanna Höch, qui ont souvent la vraie couleur de l’aquarelle que j’emploie, celle du gris de Payne. Une couleur proche de celle de la vieille encre des anciennes photos de presse, que l’on retrouve aussi dans les collages de Raoul Haussmann ou de John Heartfield. »