Art & politique : Mustapha Nedjai (1957- )

Art & politique : Mustapha Nedjai

Mustapha Nedjai, artiste plasticien, scénographe et écrivain, est né en 1957 à Zemmoura. Il vit et travaille à Alger.

Il entre à l’École Nationale des Beaux-Arts d’Alger en 1976, avant de rejoindre la Faculté des Beaux-Arts de Valence en 1980 pour poursuivre ses études. Ses premières expositions individuelles et collectives datent des années 1980.

L’œuvre de Mustapha Nedjaï s’articule autour de la thématique du discours et de ses différentes fonctions.
D’une peinture à l’autre, l’artiste s’emploie à développer la mécanique du mot et à examiner, tel un mathématicien, son équation. Et en l’analysant, il s’arrête sur la fonction maligne et perverse du mot. Une fonction engendrant des maux et des déprédations. Autrement dit : il s’emploie à dire que les mots, subtilisés de leur réelle valeur, sont détournés par les intentions souvent malfaisantes du sujet parlant. Des mots utilisés par ce dernier pour arriver à ses fins. C’est-à-dire des mots trompeurs. Son œuvre prend ainsi sens et philosophie autour de la notion du mot.

En avril 2015, à le galerie Baya du Palais de le Culture à Alger, l’exposition intitulée “1 posture” (imposture) réunit une quarantaine de tableaux où les travers comme l’hypocrisie, le mensonge ou encore l’opportunisme son dénoncés par l’artiste. Dans certains tableaux ayant pour titre “dans l’ombre” on aperçoit des silhouettes indiscernables. Sur un mur sont accrochés une vingtaine d’illustrations qui reflètent de façon sarcastique des archétypes de la société, une vision qui indique et souligne les différentes attitudes d’imposture que l’artiste décrit clairement comme multiples et variées. Parlant avec le même énergie qu’il met dans ses peintures, Mustapha Nedjaï préfère qualifier son travail de “pure réaction” à le situation morale de monde d’aujourd’hui, et de sa société en particulier que de parler d’une quelconque inspiration. « Je vis tout le temps dans le colère », assène-t-il, à propos de ce qui motive son travail de peintre, conçu aussi comme « un travail intellectuel » qui passe d’abord par l’écrit, avant d’être matérialisé sur le toile. Cette présence de l’écrit dans sa démarche artistique s’illustre, par ailleurs, dans le catalogue de l’exposition, accompagné de contributions de journalistes spécialisés, de poèmes et du texte “Je hais les indifférents” du philosophe et théoricien politique Antonio Gramsci.

« L’imposture c’est devenu un peu le plat du quotidien de l’Algérien. Tout le monde sait ce qui se passe et tout le monde ferme les yeux. C’est pour ça je dis “je ne peins pas, je réagis”. Tout court ! »