Art & politique : Hazem Harb (1980- )

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Hazem Harb This place is mine, C-Print, Archival Photography Collage on fine art paper, 2018 / Courtesy Tabari Artspace, Dubaï

Hazem Harb, artiste plasticien, est né à Gaza (Palestine) en 1980. Il vit et travaille actuellement en Italie et à Dubaï.

En 2004, il émigre en Italie et s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Rome. En 2009, il obtient son diplôme de maîtrise en Beaux-Arts de l’Institut européen de design à Rome et en 2011, obtient une résidence à la Fondation Delfina à Londres.

Pour ses oeuvres visuelles, Hazem Harb travaille comme un chercheur, recueillant et synthétisant les rares archives photographiques et cartographiques de son pays. L’artiste plasticien du “paysage invisible et des futurs concrets” a le projet de représenter le passé de la Palestine. Les titres de ses dernières expositions personnelles nous en donnent une idée assez précise : “Corps brûlés” Rome 2008, “Est-ce votre première fois à Gaza ?” Londres 2010, “Je peux t’imaginer sans ta maison” Dubaï 2012, “Al Baseera” Djeddah 2014, “The Invisible Landscape & Concrete Futures” Dubaï 2015, “Patrimoine contemporain” 2020, “La persistance de la mémoire” Bruxelles, 2020.

« En tant qu’artiste, j’ai pris une décision consciente selon laquelle mon travail doit avoir un sens. J’ai la responsabilité de préserver la culture visuelle de mon pays au moment où elle atteint le point d’exclusion. Au-delà de cela, j’entends que mon travail ait une pertinence universelle, le thème de la maison et sa signification collective et individuelle n’est jamais plus pertinent qu’aujourd’hui à notre époque de mondialisation, de nouvelles technologies et de climat politique imprévisible. »

Chaque fragment de ses collages représente une pièce d’un puzzle. Un rectangle de plexiglas gris froid superposé sur une photographie des murs de Jérusalem pourrait, par exemple, représenter l’imposition du béton sur la ville. Au-delà de la démarche conceptuelle et politique, il faut noter que le résultat formel de chaque œuvre est esthétique. L’objet-œuvre est bien présent. Non pas austère et intellectuel, mais riche de sa présence matérielle et de son équilibre formel. C’est essentiel, puisqu’il s’agit là d’une porte d’entrée pour notre œil et notre conscience vers le message que l’artiste veut délivrer. Lecteur passionné, Hazem Harb étudie l’architecture comme une composante impérialiste et plonge dans l’archéologie et l’histoire de sa culture natale. La série “Bauhaus as Imperialism” présente d’anciennes photographies de bâtiments modernistes en Israël. Harb pense que la multiplication de ces bâtiments fut l’illustration de l’élargissement de la puissance politique d’Israël.

« En 1912-1913, George Braque et Pablo Picasso ont réalisé les premiers collages picturaux. Cette technique récente de l’histoire de l’art est intimement liée à la politique. Elle s’est développée dans tous les arts, du dessin à la photographie, en passant par la littérature et la musique. Picasso avait déjà inséré des coupures de presse traitant de politique ; plus tard, les expressionnistes George Grosz, John Heratfield et Otto Dix ont érigé cette pratique en arme de guerre à part entière. De nos jours, Hazem Harb réhabilite cette pratique en cherchant à matérialiser une pensée politique et historique et en produisant des formes qui émergent et évoquent l’architecture. (…) L’utilisation du collage lui permet de construire un discours qui n’existe pas ou qui est du moins caché (…) Comment évoquer le passé d’un peuple quand on nie son existence même ? C’est la question posée par Harb »

Loïc Le Gall, conservateur adjoint au Centre Pompidou

En mettant en avant les oubliés et les marginalisés, les artistes ont le pouvoir d’arracher l’écriture de l’histoire aux vainqueurs. Hazem Harb en est un exemple. Ses collages photographiques rassemblent les fragments de l’histoire de la Palestine avant la Nakba et les reformulent en œuvres qui explorent la mémoire, le pouvoir et le patrimoine, pour questionner qui peut écrire l’histoire, de quelle manière et pour qui.