Art & politique : Yaser Safi (1976- )

art & politique : Yasser Safi

Yaser Safi est né en 1976 à Qamishli (Syrie), il vit et travaille à Berlin.

Yaser Safi est un homme discret, courtois et prévenant, ses yeux en disent long sur son expérience de la vie et de l’exil. Diplômé en 1997 de la faculté des Beaux-Arts de l’Université de Damas, il devient enseignant à partir de 2000 et donne également des cours à l’Institut d’art de Sharja (Émirats arabes unis). En 2010, il participe à l’atelier de Tripoli-Leipzig, une coopération libano-allemande.

Les peintures de Yaser Safi révèlent l’enfant intérieur à travers la spontanéité et l’audace de ses lignes et de ses compositions. Mais ses figures ne sont pas aussi innocentes qu’elles le paraissent. On lit les peurs, les préoccupations et la violence dont il a été témoin. À mesure que le meurtre se répand, les marionnettes deviennent diaboliques. Nous y voyons le chaos se développer en Syrie.

Mais il établit également des parallèles entre deux mondes, représentant la vie de la rue à Damas et à Berlin avec le même trait élégant.

« Dans mon travail, il y a des références au tempérament, à l’amour, à la haine et à la violence comme tentative de saisir la dynamique de la vie dans les rues. »

Ses peintures et ses gravures plus sombres en noir et blanc donnent vie à un ensemble de personnages qui émergent de sa mémoire, de son imagination et de son expérience vécue.

« Pour Yaser Safi, aborder les questions sociales ou politiques dans l’art n’est en aucun cas problématique ou paradoxal, à condition que cela se réalise en dehors des cadres imposés et à travers une vision artistique indépendante. De son expérience de la situation humainement désastreuse en Syrie, il cherche à rétablir une vision morale. Un engagement qui est essentiel dans notre temps présent, qui ne doit pas, selon l’artiste, sacrifier la qualité artistique. Ainsi, la beauté d’une œuvre n’enlève rien à l’idée qu’il veut communiquer. Même quand il parle de violence, de manque de liberté ou de mort, dans ses peintures et ses gravures, il y a un sentiment d’engouement enfantin, joyeux ou dérisoire, un parfum d’innocence, à la manière d’un enfant qui regarde avec étonnement le monde qui l’entoure. »

Khaled Youssef

Inventer des figures qui échappent à la vision classique, reflétant la vie quotidienne, la joie, la tristesse, la violence et l’espérance sans limites de temps ou d’espace, brisant le cadre imposé pour réaliser un univers qui lui est propre, tout en maintenant un lien civique et humaniste avec le monde d’aujourd’hui, tel est l’art que Yaser Safi offre au spectateur : un art qui respire et souffle un vent de liberté.