Les teufs : mon fils est dans ce mouvement, par Yannick Bellens

Teufs et teufeurs

Terminons notre petit périple dans le monde de ces djeunes que nous connaissons si peu, sinon à travers la caricature grossière et désobligeante qu’en font les médias de propagande. Voici le témoignage d’un père qui eut l’idée d’accompagner son fils à ses teufs.

Un petit mot avant de lui laisser la parole : et si les teufs étaient une façon pour les jeunes d’échapper à l’univers pourri qu’on leur laisse ? Une bulle de protection contre la dégénérescence qui n’est peut-être pas forcément là où le vieux monde la croit ?


Mon fils est dans ce mouvement, les teufs.
Côté organisateurs.
Depuis quelques années, je l’accompagne un peu, logistique, coups de mains, bricolage pour fabriquer le matériel.
Il bosse pour se payer un HP par ci, du bois par là, un ampli, un module de synthé… Dieu sait qu’il comprend la valeur des choses et le prix de l’argent nécéssaire.

Un univers parallèle si éloigné de ce que beaucoup pensent

Alors oui, j’ai découvert cet univers un peu parallèle, si éloigné de ce que beaucoup pensent.
Une teuf, c’est :
10 % d’orga hyperactifs, qui fabriquent, investissent et organisent avec passion (le point de vue d’un parent : c’est une très bonne école),
80 % de personnes “lambda” comme l’auteur du billet publié sur le yetiblog (et qui tourne un peu sur internet, entreprise de salubrité),
10% de “chevreuils”, “baba”, “punks” et autres, un peu marginaux, il faut le dire, mais il font aussi le sel de l’affaire.
Et, c’est vrai aussi, il y a toujours le dealer du coin qui vient squatter avec sa voiture équipée d’une petite lumière. Il a des clients, mais c’est très loin d’être la majorité. C’est d’ailleurs en teuf que mon fils a compris que les stupéfiants étaient plutot un problème…
Bref, comme dans tout tranche de population, il y a beaucoup plus de bon que de mauvais.

La charte de responsabilité et de propreté des teufeurs

Une teuf, c’est aussi une charte de responsabilité, et de propreté. Celles que j’ai vues ont TOUTES rendu le site plus propre au départ qu’à l’arrivée. Une charte comportementale y était affichée.
Il y a un peu de folkore… se sentir “à la marge” fait aussi partie du truc… alors le lieu est dévoilé au dernier moment… quand on sait il ne faut pas le dire… etc… la légende…
Naïveté, quand tu nous tiens! Évidemment, les FDO monitorent les réseaux sociaux. Ils savent TOUJOURS où ça va se passer…

Par chez nous, finalement, mon observation est qu’il y a comme un “gentleman agreement” Les gendarmes passent (toujours).
Ils notent les plaques d’immatriculation. Si le site est rendu dans un mauvais état, les PV pour stationnement illicites pleuvent ! Mais finalement, ça n’arrive jamais.
Sauf quand un préfet s’énerve et en fait une affaire (?). Alors le matos est confisqué, puis restitué. Les gens passent en procès et prennent des amendes. Ce qui me parait sincèrement idiot quand il n’y a pas eu de dégradation.

La fuite en avant répressive bête et méchante des autorités

Mais ce qui se passe depuis 2020 est une franche dérive.
Je ne comprends pas quelle bêtise a pu conduire le gouvernement à piloter les FDO à se comporter comme aujourd’hui. Oui, de la pure bêtise !
Des points symboliques :
– en décembre 2018 des LYCÉENS (16 18 ans) sont matraqués et gazés, assez souvent sans vraiment de raison,
sans aucun contrôle de la situation, puisque par chez moi, une maman poussant un BB en poussette et passant par là s’est pris une grenade lacrymo, entres autres,
– la disproportion de l’évacuation de NNDL [Notre-Dame-des-Landes, ndlr],
– la Fête de la musique réprimée en 2019 à Nantes avec un mort à la clé. Putain… LA FÊTE DE LA MUSIQUE !
La même chose en 2021 avec Macron qui fête la techno et l’electro deux jours après la répression de la teuf à Redon et en même temps que les CRS évaluent les lieux publics à Paris, où les gens font la Fête de la musique et chantent… la Marseillaise !
Un peu incroyable, non ? Barjo en fait.

Le matos brûlé par les gendarmes à Redon, c’est comme les livres brûlés par les nazis pour cause de culture dégénérée

Mon fils, 19 ans, a noté que la casse du matos détruit par les gendarmes à Redon, c’était finalement la même chose que les livres brûlés par les nazis parce que littérature dégénérée.
Je suis fier que mon fils ait su faire ce parallèle. C’est la réalité.

Oui, je ne comprends pas qu’on puisse détruire des instruments de musique. C’est de la pure hargne.

Quand je lis les articles sur le sujet, je m’attarde sur les commentaires. Il est incroyable d’observer que plus des deux tiers tirent à boulet rouge sur les teufeurs. Il paraitrait qu’ils avaient l’intention d’en découdre. Qu’ils avaient prévus les boules de pétanque et les cocktails molotov !!!
Je me demande d’où ça sort. Quel décérébré peut croire ça ???
Tous ces jeunes qui viennent avec l’envie de danser toute la nuit, de croiser un ou une qui leur plairait, ils n’auraient pensé qu’à en découdre avec les FDO ???

Arrêtez d’écouter et de répéter la première bêtise qui passe !

Ben ya plus simple comme explication…
Les boules de pétanques, elles étaient dans le coffre de la voiture, parce que le lendemain, après la nuit à danser et quelques heures de sommeil sur la banquette, c’est toujours cool de jouer au boule en tcharrant. Boudiou…
Et les cocktails molotov ?
D’abord, y en a-t-il eu vraiment ? Je n’ai trouvé ni image, ni observation.
Mais si il y en a eu, a mon avis il y avait aussi de la spontanéité : les générateurs ont besoin d’essence, donc il y a des bidons, et les canettes, ce n’est pas ce qui manque sur une teuf…
Bref, les teufeurs, sale race de feignasses… il serait bien que les gens viennent voir pour de vrai plutôt que d’écouter sans réfléchir la première bêtise qui passe…

Yannick Bellens

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