Art & politique : Boris Nzebo (1979- )

Boris Nzebo « Révolte 01", 2016, diptyque acrylique sur toile, 150 x 300 cm "Ils vendent les entreprises, ils vendent le CFA, ils vendent les idées volées, ils vendent les médias, ils vendent le pouvoir, ils vendent les ossements humains, ils vendent les consciences…"

Boris Nzebo est né en 1979, à Port-Gentil au Gabon. Il vit et travaille à Douala au Cameroun.

Après une enfance passée au Gabon, Boris a étudié les arts graphiques à Douala. Il a commencé sa carrière artistique par la peinture d’enseignes de salons de coiffure et de beauté. Mais, surtout, il a rencontré Koko Komegne, l’un des pionniers de l’art contemporain au Cameroun, et a été formé par l’artiste camerounais Goddy Leye.

« Ce qui m’inspirait alors, c’était le pop art. Mais moi, Africain, je ne pouvais pas faire la même chose. Ça n’avait pas de sens. Il fallait que je trouve ma propre écriture plastique et que j’aie un discours artistique en phase avec mon époque. Je ne voulais pas juste peindre des enseignes. Je voulais m’inscrire dans l’histoire de l’art. J’ai été dans cette quête de sens pendant dix ans. »

Dix longues années « de galère » mais qui lui permettront d’affiner son style « afropop ».

Il affirme sa thématique singulière, qui consiste à explorer la coiffure dans l’espace urbain. Il y voit les signes du rang social, de l’expression d’une pensée, d’une appartenance culturelle. La coiffure, si elle apparaît au premier plan, est alors un prétexte pour dire diverses réalités – enfants soldats, présence de Boko Haram dans le nord de son pays, conflits armés –, et questionner nos sociétés à travers leurs préoccupations urbaines, la place de la parole libre et de la révolte populaire, celle de l’enfant…

« Je vise à reproduire le questionnement qui est le mien face à une société en quête de repères et en pleine mutation. Je m’interroge : comment comprendre que notre environnement ne soit pas aussi bien soigné que nos têtes ? … »

En 2017, Séverine Kodjo-Grandvaux nous fait participer à l’intimité de l’artiste au travail, dans l’atelier de la modeste concession familiale au Village Song Mahop – Carrefour Nelson-Mandela, rebaptisé « J’ai râté ma vie », un quartier populaire (et de plaisir, la nuit tombée) de Douala.

« C’est là qu’il crée, le plus souvent sur un air de reggae, jusqu’au milieu de la nuit, voire au petit matin. »