Pourquoi les éditions du Yéti n’ont aucun “plan de rentrée littéraire”

rentrée littéraire

À peine lancée cette société d’édition d’un genre nouveau – elle publie des livres inédits en format exclusivement numérique et est son propre libraire –, voilà que l’on demande aux éditions du Yéti quel est leur plan pour la prochaine rentrée littéraire.

Eh bien, les éditions du Yéti n’en ont pas. En créant les éditions du Yéti, nous avons voulu proposer une politique éditoriale et économique inédite. Il en sera de même de notre politique commerciale.

La rentrée littéraire est un évènement commercial qui est au livre ce que le beaujolais nouveau est au vin. Lancer plus de 500 titres en un seul mois de l’année, c’est en condamner 450 à mort, une cinquantaine à la végétation et une trentaine au succès. Généralement, exceptées les deux ou trois “surprises de l’année”, toujours les mêmes que nous appelons en jargon de métier d’éditeur la “grosse cavalerie ».

La politique commerciale des éditions du Yéti s’inscrit dans le temps

Le phénomène de la rentrée littéraire est ce qui rend le modèle économique de livre papier de plus en plus pesant. Seuls bénéficiaires, ces intermédiaires que sont les quelques sociétés de diffusion/distribution rémunérées pour l’acheminement des livres vers les librairies, mais rémunérées aussi pour retourner la masse des invendus vers l’éditeur. Pas étonnant que celles-ci appartiennent à de gros groupes industriels : Lagardère, Wendel…

Lorsqu’elle parut en livre, la pièce de Samuel Beckett, En attendant Godot, ne se vendit qu’à quelques dizaines de copies. Les ouvrages d’Henry Miller, d’Anaïs Nin, de Jean Genet, de René Char ne dépassèrent pas quelques centaines d’exemplaires vendus à leur sortie. Mais ces oeuvres se sont imposées au fil du temps et sont devenues des classiques, sans passer par la case commerciale « rentrée littéraire ».

Les éditions du Yéti n’ont pas la pression de la “table du libraire“ où tout livre qui n’y figure pas est irrémédiablement condamné (les libraires ne disposent évidemment pas de 500 places d’exposition sur leurs tables). Les éditions du Yéti ne vivent pas sous la menace des retours-guillotines d’invendus au bout de trois mois. Les éditions du Yéti n’entendent pas lier le sort de leurs livres et de leurs auteurs aux aléas d’une opération commerciale de quelques semaines. La politique commerciale des éditions du Yéti s’inscrit dans le temps et dans le respect de l’oeuvre écrite et des auteurs.

=> Le site des éditions du Yéti : yeti-editions.fr

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