Le Grand jeu : l’hypocrisie se porte bien

Début mars, le Moyen-Orient s’est réveillé sur une nouvelle et inédite accusation de l’Iran par le gouvernement israélien. Cette fois, Téhéran est coupable de “terrorisme écologique”, qu’on se le dise ! C’est du moins ce qu’a affirmé la ministre de l’environnement après qu’une marée noire a touché les côtes israéliennes. Ces maudits chiites, prêts à déverser leur précieux naphte contre nos tortues marines plutôt que de le livrer à la Syrie, qui en a pourtant cruellement besoin

L’armée et le renseignement ayant, à la surprise générale, rapidement pris leur distance avec cette affirmation péremptoire, et les scientifiques pointant plutôt du doigt une ancienne nappe amenée sur le rivage par une tempête, le ministère en question a fini par rétropédaler, n’étant soudain plus tout à fait sûr de l’aspect “terroriste” de la chose.

Mais l’accusation ne manque pas de sel alors qu’on apprend maintenant que, depuis la fin de l’année 2019, Tel Aviv a attaqué plusieurs pétroliers iraniens voguant vers la Syrie. Au moins douze navires ont été ciblés, notamment dans la mer Rouge, et deux, touchés, ont dû rebrousser chemin et retourner en Iran. La ministre israélienne nous gratifiera peut-être d’un commentaire sur la haute valeur écologique de ces agressions…

L’info a en tout cas le mérite de nous rappeler que la guerre de l’ombre entre les deux pays n’a jamais cessé et se déroule même désormais sur les flots. Elle fait également écho à ce que nous rapportions il y a cinq mois :

Un fait ô combien significatif n’a pas eu l’heur de faire les gros titres : la semaine dernière, la marine russe a escorté un tanker iranien à destination des côtes syriennes. Pour l’US Navy Institute, seul à rapporter l’information, le nouveau rôle de Moscou pourrait changer la dynamique de la région (…)

Comme pour le Venezuela, chaque voyage d’un tanker iranien à destination de la Syrie comporte son lot d’incertitudes et de pressions en tout genre. Va-t-il arriver ? Sera-t-il intercepté ? Si oui, Téhéran va-t-il répondre dans le Golfe persique ? Il semble maintenant que l’ours ait décidé de taper du poing sur la table.

La semaine dernière, le Samah est entré en Méditerranée, via le Canal de Suez cette fois. Presque immédiatement, deux navires russes, dont un militaire, sont venus à sa rencontre. Les trois compères ont ensuite fait voile vers le terminal pétrolier syrien de Baniyas où le Samah a déchargé sa cargaison d’or noir très attendue.

Ce petit périple escorté est un pied de nez direct à Washington et à son Caesar Act, que le Kremlin avait de toute façon annoncé vouloir contourner. Plus généralement, Moscou commence à se poser en patron de la sécurité en Méditerranée orientale, ambitionnant d’assurer “la libre circulation des bateaux civils”. La marine russe vient d’ailleurs de procéder à un exercice en ce sens, incluant même l’attaque simulée par un sous-marin.

Cette petite sauterie, médiatisée comme il convient et intervenant juste après la livraison du Samah, le message n’a échappé à personne : ne touchez plus aux pétroliers iraniens. La balle est dans le camp de l’empire.

Et dans celui d’Israël. L’histoire ne dit pas si Tel Aviv a continué ses activités flibustières depuis que Moscou a envoyé le message…

=> Source : Le Grand jeu

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