Comment vivre en humains sur les ruines d’un monde mort

Si nous ne sommes pas les Dieux invulnérables que nous pensions être devenus, alors il va nous falloir ré-apprendre à vivre en humains dignes de ce nom. La tâche n’est pas si facile – comment vivre décemment et dignement sur les ruines d’un monde mort ? – mais pas impossible si nous nous fixons quelques règles élémentaires.

La première de ces règles est justement de nous fixer nos propres règles de comportement et de nous y tenir, même si elles contredisent celles, morbides, qu’essaient de nous imposer les ultimes représentants du monde mort. Nous devons nous attacher aux règles que nous nous sommes choisies, même si celles-ci vont aussi à l’encontre du comportement de ceux, souvent de notre propre entourage, qui obéissent servilement et par peur aux directives morbides de l’autorité encore en place.

Cela impose d’adopter une conduite souvent proche de la clandestinité : décider ou non de respecter les couvre-feux, de porter un masque ou non, d’embrasser et d’étreindre ceux que nous aimons, d’aider et de protéger les précaires quels qu’ils soient, avec ou sans papier…

Notre rayon d’action est et doit rester localisé à notre proche environnement. Nous devons nous appuyer sur ceux qui ont littéralement sauvé notre société durant la crise épidémique, ceux qui sont les vrais rouages importants de nos vies : les soignants, les institutrices et instituteurs, les agriculteurs de proximité, les manutentionnaires, les caissières et caissiers, les éboueurs, les boulangers…

La non-obéissance est plus redoutable que la désobéissance

Nous devons nous désintoxiquer de tous nos comportements abrutis d’avant, cesser d’être des consommateurs pour redevenir des êtres vivants. Les périodes de confinement sanitaire n’ont pas eu que des effets négatifs. Elles nous ont fait redécouvrir le chemin de la sobriété, de l’essentiel, du système D, de la déconsommation. Le monde d’avant mourra de notre déconsommation par étouffement.

La base de notre comportement d’humain vient d’une décision individuelle. Mais celui-ci formera groupe par effet de reconnaissance avec ceux qui ont adopté des règles similaires aux nôtres, ou par contagion, parce ce que notre comportement exemplaire aura suscité des vocations.

Les attitudes de révolte, de colère, de protestation, d’indignation sont contreproductives. Elles relèvent souvent de postures pour masquer nos impuissances. La stratégie du contournement et de la guérilla vaut mieux que la guerre de front contre des forces obscures que nous savons encore supérieures. À la désobéissance, qui est une attitude d’enfant, préférons la non-obéissance adulte.

La traversée des ruines va être longue, éprouvante. Mais nous allons devoir apprendre la patience, retrouver notre sérénité, bâtir avec obstination les fondations de notre vie nouvelle sur les décombres de leur monde mort.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.