Le Grand jeu : maintenant, ça va ch…

Sur la scène internationale post-Trump qui se met doucement en place, plus prévisible, plus classique, les Russes semblent avoir décidé de marquer immédiatement leur territoire et d’établir de nouvelles règles du jeu, donnant une idée de ce que seront les années à venir. Elles risquent d’être sportives…

L’ours tape du point sur la table

On le sentait venir depuis quelques temps déjà. En octobre, un Lavrov incisif avait renvoyé Bruxelles à ses choux, déclarant que si les euronouilles n’étaient pas intéressés à un vrai dialogue, Moscou ne l’était pas non plus :

« Si c’est ce qu’ils veulent, ainsi soit-il. »

En décembre, c’est à une impétueuse passe d’armes que nous avons assisté à l’ONU. Alors que l’Allemagne quittait son siège au Conseil de Sécurité, son ambassadeur a critiqué le rôle de la Chine et surtout de la Russie en Syrie. La réponse de l’ours ne s’est pas fait attendre :

« Vous avez fait de cette réunion votre chant du cygne mais, pour tout vous dire, vous n’allez pas nous manquer. Grâce à vous, de nombreux membres de l’ONU, qui avançaient que l’Allemagne devrait être membre permanent du Conseil de sécurité, se posent maintenant des questions en se demandant si on doit permettre autant de cynisme dans cette enceinte. »

Le représentant chinois en avait profité pour passer une seconde couche : « Si l’Allemagne souhaite rejoindre le Conseil de sécurité, le chemin sera difficile. La performance de l’Allemagne au Conseil de sécurité n’a pas répondu aux attentes du monde et aux attentes du Conseil ». Aïe.

Depuis, la farce Navalny, à laquelle font semblant de croire Berlin et l’euronouillerie dans son ensemble, n’a évidemment pas arrangé les choses et c’est avec angoisse que notre bonne MSN attendait la visite de Josep Borrell à Moscou. Ça n’a pas raté et l’imMonde en a les larmes aux yeux, parlant sans rire de « piège russe », de « guet-apens » et de « brutalité ».

Simagrées euronouillesques

Il est vrai que que tout ce que le Vieux continent compte de groupies impériales a dû être particulièrement déçu de la performance du supremo des Affaires étrangères de l’UE. Alors qu’il admettait devant Lavrov qu’il n’y aurait sans doute pas de sanctions suite à l’affaire Navalny (manquerait plus que ça diront certains…) et que l’UE lorgnait le Spoutnik d’un œil toujours plus intéressé, on apprenait que Moscou expulsait trois diplomates européens pour avoir participé aux manifestations.

En réalité, rien que de très normal. Les Européens savent pertinemment par qui et pourquoi a été organisée la mascarade de l’opposant à 2%. Ils savent aussi que le vaccin russe connaît maintenant son heure de gloire et qu’il n’est plus du tout question de le diaboliser, donnant d’ailleurs raison après coup à Orban. Enfin, le devoir de réserve des diplomates est le b-a-ba des relations internationales ; imaginons seulement la réaction hystérique de nos plumitifs si des représentants russes se permettaient de participer aux sauteries des Gilets Jaunes ou des pro-Trump…

Mais c’est la conjonction de tous ces éléments et le ton offensif employé par Moscou qui ont frappé les esprits. Alors qu’il se lamentait des arrestations en Russie, le Catalan Borrel s’est fait vertement (et malicieusement vu son origine) reprendre par Lavrov : « Les leaders indépendantistes catalans sont en prison pour avoir organisé un référendum. ». Il a également dû rester stoïque tandis que le sémillant Sergueï expliquait à ses côtés que l’Union européenne n’était pas un partenaire fiable.

Bref, la petite virée a été un désastre et l’ami Borrell s’est fait tailler un costume XXL. À son retour, il a dû retourner maladroitement sa veste en déclarant que, finalement, la visite s’était mal passée et que les Russes n’étaient pas constructifs, s’attirant derechef une réponse sardonique du ministère de Lavrov.

Plus que ces joutes oratoires, c’est ce qu’elles représentent qui est intéressant. On se rappelle le cri du cœur de l’ambassadrice britannique aux États-Unis il y a quelques semaines : « Il ne faut pas laisser la Russie et la Chine être les vainqueurs du monde post-Covid. » Diplomatie du vaccin, recomposition post-corona, extinction souveraine des incendies dans son étranger proche, retour dans le Caucase, progression continue au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie… Moscou se sent fort et a peut-être décidé de taper enfin du point sur la table face aux simagrées euronouilliques.

=> Source : Le Grand jeu

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