Qu’est-ce qu’il reste quand il n’y a plus rien ?

Qu’est-ce qu’il reste quand il n’y a plus rien ? Quand ce genre de drame, irréversible, soudain, vous arrache cette peau qui était vous, brise cette vie qui était la vôtre, quand vous êtes comme jeté hors de vous-même, jeté hors du monde… Qu’est-ce qu’il peut bien rester ensuite ? Que peut-il y avoir d’assez solide, d’assez vrai, y a t-il encore quoi que ce soit où s’appuyer pour un jour prochain peut-être se relever ?

Parce que vous le savez, depuis longtemps peut-être, ou bien l’avez-vous appris brutalement à l’occasion de cette tragédie : vous n’êtes que vous-même. Vous n’êtes pas votre compte en banque, vous n’êtes pas votre costard, ni votre bagnole ni votre boulot, ni vos amis ni vos loisirs, vous n’êtes rien de ce que vous possédez même si vous possédez beaucoup. Vous n’êtes pas non plus vos croyances ou vos songes, vos certitudes ou vos valeurs. Tout ceci a volé en éclats. Rien n’a résisté à la tempête. Le manteau qui vous couvrait et que vous appeliez “moi” par habitude est en lambeaux. Il ne vous protège plus de rien.

Vous n’êtes plus non plus votre couple, ni même la moitié restante de ce qu’il fut. Vous n’êtes que le bras arraché du corps qu’il formait, désormais disparu cœur et âme. Alors ce morceau de chair sanglante que vous êtes à présent est certes en vie, mais rien ne vous dit que ça suffit à être vivant. Les larmes s’évaporent et les cris se perdent dans l’espace, votre douleur aussi un jour prendra fin. Mais alors qu’est-ce qu’il reste ?

Pas d’autre choix que continuer cette traversée jusqu’à son terme

Si tout ceci a disparu mais que vous êtes encore là, c’est bien que vous n’étiez pas ça. Alors qu’est-ce qui vit encore ? Qu’est-ce qui bat réellement seconde après seconde, si tout a été emporté ? Qu’est-ce que vous pouvez encore appeler “moi” dans tout ce vide glacé et ce chaos brûlant maintenant que tout l’arbre est abattu, à terre, déraciné, déchiqueté ? Il y a pourtant bien quelque chose qui vibre encore sur cette terre désolée, nue, à vif, aride que vous êtes devenu. Qu’est-ce que ça peut être ? L’être ? Votre être ? Mais comment le définir à présent qu’il a été dépouillé de tout ?

Évidemment, on ne pourra plus désormais se contenter de quelques adjectifs, un ou deux principes et des bribes de souvenirs pour reforger cet être-là. On ne peut bâtir que sur le roc. Encore faut-il le toucher. Or couche après couche on s’enfonce sans rien retrouver d’assez ferme pour reconstruire. Tout semble devenu friable et artificiel, dérisoire et sans consistance. Cette plongée est parfois angoissante parce qu’elle dure et qu’on aimerait enfin rencontrer quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose de vrai, d’indubitable, qu’on pourrait à nouveau appeler soi, sans se mentir ni se faire d’illusions. Alors on n’a pas vraiment d’autre choix que continuer cette traversée jusqu’à son terme. 

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Autodidacte en tout, café-théâtre, chanson française (auteur-compositeur-interprète), sculpture, photo, écriture, et même agriculture, en rupture de ban avec "le système", je me cantonne désormais à produire de la pensée et de l'émotion. Je n'attends pas de jours meilleurs (ils seront pires) mais j'en fabrique comme je peux...