Confinement : bienheureux sont les déconfinés de la tête

Les autorités politico/sanitaires pourraient bien avoir rendu un fieffé service aux citoyens de leur pays en les contraignant aux confinements et aux couvre-feux.

Les bienfaits du confinement

D’abord, confinements et couvre-feux sont en passe de réussir ce qu’aucun acte de Gilets jaunes, aucune grève générale n’est parvenue à réaliser : le blocage totale des grands secteurs de l’économie capitaliste (auto, avion, tourisme…). Par contre, vent en poupe pour le petit commerce de proximité, la petite exploitation agricole, le vélo… .

En un an, ces contraintes nous auront aussi désintoxiqués de notre addiction aux cadences frénétiques du boulot et de la consommation. Travail bonnard à domicile, plus de chef pour faire chier, achats beaucoup plus raisonnés, du temps pour la ballade quotidienne… Combien, avant le confinement, avaient le loisir de s’offrir une heure de sortie par jour ? Pariez que la lassitude et l’agacement finiront par sevrer les derniers toxicos de l’hystérie consumériste.

Ces contraintes autoritaires nous auront encore permis de faire le tri entre nos relations obstinément masquées et nos vraies amies réfractaires. Ceux qui se précipitent pour nous coller la bise en mettant bas les masques. Ces étreintes par effraction, ces baisers volés auraient presque soudain la petite saveur troublante des interdits contournés.

Confinements et couvre-feux auront enfin revigoré, je trouve, un certain sens du bon voisinage, de l’entraide, de la démerde et de la saine mutinerie (cf. l’exemple des cafés italiens). Violer les interdits imbéciles, c’est aussi savoureux que de patauger dans les flaques d’eau quand on est minot.

Quelques derniers petits problèmes à régler…

Alors bien sûr, tout n’est pas rose. Aux bienfaits du confinement se juxtaposent quelques méfaits… qu’il reste à défaire :

  • le sort des mômes dans les écoles, contraints de porter ces masques de merde à longueur de leurs journées de jeunesse ;
  • le sort des laissés-pour-compte du confinement : cafetiers, restaurateurs, artistes, vieux cloitrés dans leurs “résidences” ou leurs Ehpad…
  • le sort des citadins paradoxalement bien plus privés de relations de voisinage que leurs congénères des champs.

Mais bon, à un moment il faudra bien que chacun se remue pour passer à une autre vie, trouver les solutions pour s’en bâtir une nouvelle peinarde. Espérer une restauration du confort aliénant de la vie hystérique d’avant est une lubie heureusement irréaliste. Compter sur les autorités actuelles (ou leurs successeurs éventuels de 2022) pour nous refonder un cadre potable, c’est s’exposer à bien des désillusions et à une prolongation douloureuse des jours moroses.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.