Le Grand jeu : l’inexorable montée en puissance sino-russe

C’est un véritable cri du cœur, presque un appel au secours qu’a lancé l’ambassadrice britannique aux États-Unis : il ne faut pas laisser la Chine et la Russie être les vainqueurs du monde post-covid. Mélange de hargne et de dépit, la harangue ne fait que constater l’inévitable…

La montée en puissance du duo eurasiatique vient de loin, de très loin. En 2015, nous pouvions déjà écrire :

Le meilleur symbole de l’échec américain en Eurasie est sans doute le tectonique rapprochement, presque la symbiose, entre la Russie et la Chine ces dernières années. Que d’eau a coulé sous les ponts depuis 1960 et la rupture sino-soviétique.

Petit retour en arrière…

Les années 50 ont représenté une décennie noire pour les stratèges américains. Après la prise du pouvoir par Mao en 1949, le cauchemar de MacKinder et Spykman se réalisait : un bloc (communiste) eurasiatique uni, comprenant URSS et Chine et allant de la Baltique au Pacifique.

Washington mit en place un réseau d’alliances militaires le long du Rimland – OTAN (Europe et Turquie), Pacte de Bagdad ou CENTO (Moyen-Orient et Pakistan), OTASE (Asie du Sud-est) – pour enserrer et contenir le Heartland en crue. L’on imagine avec quel soulagement les États-Unis accueillirent la rupture sino-soviétique de 1960. La mort de Staline et la déstalinisation, bref l’adoucissement de l’URSS, avaient rendu les Chinois furieux. Après quelques années d’hésitations, et suivant leur habitude de la politique du pire, les États-Unis choisirent… la Chine maoïste !

Visite de Nixon à Pékin en 1972, dégel des relations dans les années suivantes, soutien aux alliés de la Chine dont – ô tâche indélébile sur la diplomatie US – les Khmers rouges de Pol Pot au Cambodge. Laissons la parole à Kissinger : « Dites bien aux Khmers rouges que nous serons amis avec eux. Ce sont d’horribles meurtriers mais ça ne sera pas un obstacle entre nous. Dites-leur que nous sommes prêts à améliorer nos relations avec eux » (archives des minutes des conversations entre Kissinger et son homologue thaïlandais le 26 novembre 1975). Dans la foulée de la rupture sino-soviétique, les communistes du sud-est asiatique s’étaient en effet eux aussi divisés. Les communistes vietnamiens, vainqueurs des Américains, étaient favorables à l’URSS, les Khmers rouges à la Chine. Ces derniers ont, de 1975 à 1978, exterminé le tiers de la population cambodgienne et perpétré de nombreuses attaques en territoire vietnamien, sous le regard bienveillant des États-Unis qui tentaient ainsi de contenir et de harceler leurs vainqueurs par le biais de Pol Pot.

Le 1er janvier 1979, Washington reconnaît le gouvernement de Pékin comme le seul gouvernement légal de la Chine. Pendant ce temps, excédés par les attaques, les Vietnamiens finissent par envahir le Cambodge et mettent la pâtée aux Khmers rouges. Ce qui entraîne la réaction de Pékin qui entre en guerre contre le Vietnam : 200 000 soldats chinois traversent la frontière, avec l’assentiment des États-Unis.

Si les Américains ont soutenu la pire branche du communisme d’alors, la Chine maoïste et ses alliés, ce n’est certes pas par amour idéologique mais pour mieux diviser l’Eurasie et isoler le fameux “pivot du monde”, l’URSS à l’époque.

Qu’en est-il trente ans après ? MacKinder et Spykman doivent se retourner dans leur tombe…

  • Juin 2013 : plus grand contrat pétrolier jamais signé entre le russe Rosneft et le chinois CNPC (270 Mds)
  • Mars 2014 : vente de S-400 russes (le système de défense anti-missiles le plus performant de la planète) à la Chine.
  • Mai 2014 : deal du siècle portant sur la fourniture de gaz russe à Pékin pour la somme astronomique de 400 Mds (le plus gros contrat de l’histoire, tous secteurs confondus). Début de la construction du pharaonique gazoduc Force de Sibérie en septembre.
  • Le même mois : exercices navals sino-russes en Mer de Chine orientale (une première entre ces deux pays).
  • Le même mois : promesse de la Chine d’investir en Crimée (soutien indirect à la position russe en Ukraine).
  • Juillet 2014 : discussions entre les banques centrales russe et chinoise pour établir un système de paiement rouble-yuan n’utilisant plus le dollar.
  • Août 2014 : forte augmentation du commerce agricole entre les deux pays pour contrer le régime de sanctions/contre-sanctions entre la Russie et l’Europe.
  • Novembre 2014 : nouveau contrat colossal pour la fourniture de gaz sibérien à la Chine via la route ouest (projet Altaï).
  • Janvier 2015 : décision de construire une ligne à grande vitesse de 7 000 km reliant Pékin à Moscou en 30 heures (projet d’infrastructure le plus cher de l’histoire : 240 Mds).
  • Mars 2015 : soutien officiel à la position russe en Ukraine par la voix de son ambassadeur chinois à Bruxelles.
  • Mai 2015 : accord pour intégrer le projet russe d’Union eurasienne au monumental projet chinois de routes de la Soie reliant Extrême-Orient et Europe.
  • Le même mois : signature d’un accord autour de la cybersécurité (pacte de non-agression).
  • Le même mois : exercices navals sino-russes en Mer Noire et en Méditerranée (les deuxièmes du genre, loin de leurs ports d’attache).
  • Le même mois : la Russie devient le premier fournisseur de pétrole à la Chine, devant l’Arabie saoudite.
  • Juin 2015 : la Russie commence à émettre des obligations en yuans.
  • Le même mois : location de terres vierges en Sibérie à des compagnies agro-alimentaires chinoises.

Le tout dans un contexte général d’intégration et d’expansion de l’Organisation de Coopération de Shanghai (la future OTAN eurasienne), d’union des BRICS, de création de banques de développement concurrençant le système financier international aux mains de l’Occident, de dé-dollarisation accrue des échanges…

N’en jetez plus ! Les stratèges américains se prennent la tête à deux mains : comment a-t-on pu en arriver là ? La réponse est pourtant simple : l’accélération quelque peu hystérique, ces dernières années, de l’unilatéralisme occidental qui tente une dernière sortie (Irak, Libye, Syrie, Ukraine etc.) avant de ne plus en avoir les moyens. Chine et Russie sont parties pour continuer leur lune de miel. La première est grande consommatrice d’énergie, économiquement performante, technologiquement au top et densément peuplée. La seconde possède de fabuleuses richesses en hydrocarbures, une puissance militaire considérable et une intelligence diplomatique peu commune. Les deux s’emboîtent l’une dans l’autre comme deux pièces de puzzle.

Ce que Staline et Mao n’avaient pas réussi à faire, la Chine de Xi et la Russie de Poutine, pragmatiques, débarrassées de l’encombrante idéologie communiste, sont en train de le réaliser.

Le réalignement géopolitique de la planète : une réalité désormais reconnue

Les années suivantes n’ont fait que confirmer le glissement tectonique et il serait impossible de citer ici les multiples billets de nos Chroniques qui l’ont évoqué. Si certains éléments n’ont pas tout à fait été au rythme voulu (la dédollarisation) et si Washington a réussi, dans certains cas, à mettre quelques bâtons dans les roues de l’attelage sino-russe (guerre commerciale contre Pékin, résistance acharnée et, pour l’instant, relativement efficace au Nord Stream II), le grand réalignement géopolitique de la planète est une réalité.

Une réalité désormais admise par les institutions impériales elles-mêmes. Depuis deux ans, un nouveau paradigme a fait son chemin dans les hautes sphères américaines, les officines et autres think tanks : le retour du jeu des grandes puissances. Le fait même d’en parler est un aveu…

Bien sûr, la chose est enrobée de l’habituelle soupe narrative : la glorieuse démocratie américaine, garante de “l’ordre international libéral”, doit faire face à la résurgence des affreuses “autocraties” russe et chinoise. Mais derrière ces innocents enfantillages, le constat est là, bien réel, admis de tous : le moment unipolaire est mort et enterré, l’hégémonie US n’est plus qu’un souvenir.

Plusieurs observateurs tirent la sonnette d’alarme et appellent l’empire à se remettre rapidement et sérieusement en question dans presque tous les domaines – militaire, renseignement, technologie – et, plus globalement, de s’adapter à la nouvelle réalité. Le général Timothy M. Ray, commandant de l’Air Force Global Strike Command, n’a pas l’habitude de parler pour ne rien dire. Ses paroles, empreintes d’un prophétisme assez pessimiste, n’en ont que plus de poids : « Contre la Russie et la Chine, le jeu est maintenant infini et nous devons le jouer sur l’échiquier du réel, non sur celui qui nous convient. Il n’y a plus de victoire définitive ; celle-ci consiste désormais à survivre assez longtemps pour pouvoir continuer à jouer le jour suivant. »

Quel contraste si l’on remonte vingt ans en arrière, âge d’or de l’arrogance impériale…

En mars 1999, au moment même où les premières bombes s’abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l’OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l’URSS – les trois du Caucase et les cinq -stan d’Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique est-ouest et d’arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n’était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.

Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine… Europe de l’est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l’Eurasie divisée pour toujours.

C’est tout sauf un hasard si l’Organisation de Coopération de Shanghai fut créée deux ans plus tard, en réaction aux prodigieuses velléités de l’empire.

Deux décennies plus tard, on mesure la dégringolade. Non seulement l’Amérique n’a jamais pu façonner l’Eurasie qu’elle appelait de ses vœux ; elle en est maintenant éconduite par Moscou et Pékin qui élaborent lentement mais sûrement un continent-monde à leur image : OCS, Routes de la Soie, Union eurasienne…

L’accélérateur coronavirien

Un malheur ne venant jamais seul, la tentaculaire crise coronavirienne n’a évidemment rien fait pour arranger les choses :

Les rédacteurs de Foreign Policy lisent-ils nos Chroniques ? Quelques jours après notre billet sur la montée en puissance du soft power humanitaire chinois en ces temps pandémiques, la revue néo-impériale a publié un article qui fera peut-être date, intitulé « Le coronavirus pourrait remodeler l’ordre mondial« . Le chapeau – « La Chine manœuvre vers le leadership mondial pendant que les Etats-Unis fléchissent » – annonce clairement la couleur et les auteurs se lamentent :

« Le statut des États-Unis en tant que leader global durant les sept dernières décennies a été bâti non seulement sur la richesse et la puissance mais également, tout aussi important, sur la légitimité d’une bonne gouvernance intérieure, la fourniture au monde de biens et la capacité de rassembler et coordonner une réponse globale aux crises. Le coronavirus teste ces trois éléments et Washington est en train de rater l’examen.

Pendant que les États-Unis fléchissent, Pékin avance rapidement pour profiter des erreurs américaines, comblant le vide pour se positionner en tant que leader global. Les Chinois vantent leur propre système, fournissent une assistance matérielle aux autres États et aident même les gouvernements à s’organiser (…) La Chine comprend que, si elle est vue comme leader dans cette crise et que Washington donne l’impression d’être incapable de le faire, cette perception pourrait fondamentalement affaiblir la posture américaine dans les relations internationales et grandement modifier la lutte pour le leadership mondial au XXIème siècle. »

Des dizaines de pays bénéficient maintenant de l’aide chinoise et les euronouilles, totalement perdus par le reflux du suzerain US, ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant que certains tentent encore maladroitement de sauver les meubles en pointant du doigt la “propagande chinoise”, d’autres sont pris d’une nostalgie résignée :

« L’histoire retiendra peut-être ces journées de mars 2020, lorsque la Chine est venue au secours de l’Europe. La semaine dernière, c’était en Italie, et hier, la Chine a envoyé un million de masques en France, où il existe un risque de pénurie.

Geste symbolique d’un pays devenu une grande puissance et qui le montre à la manière dont nous, les puissants du monde d’hier, le faisions autrefois, par l’action humanitaire. Il y a, au-delà du symbole, le reflet d’un nouveau rapport de force international qui change tout. »

Un article de The Intercept résume parfaitement la situation : « Pendant que les États-Unis incriminent la Chine pour la pandémie du coronavirus, le reste du monde lui demande son aide.« 

La presse américaine regrette que les sanctions d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. “Gouverner, c’est prévoir” : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Ce vieux fond de sagesse russe, ou chinoise, contraste avec le spectacle de dirigeants occidentaux sautant en tout sens comme de petites puces affolées tentant de se raccrocher aux branches. Le temps long face à l’esclavage de l’immédiateté, encore et toujours…

Si, passée la première période d’abattement, nos bons médias occidentaux se sont repris pour tenter de cacher le désastre et peindre un village Potemkine irénique, si les peuples européens ont fini par s’habituer à la gestion calamiteuse de la crise par leurs dirigeants (aidés d’ailleurs en cela par les conspirationnistes pour qui le virus n’existe pas), le basculement du rapport de force est bien réel et n’a pas échappé à l’ambassadrice britannique citée en début de billet.

Alors que la désUnion européenne s’est affichée au vu et su de tous malgré les efforts de nos plumitifs, les relations entre l’ours et le dragon sont « à leur plus haut niveau historique et ont parfaitement passé le test de l’épidémie du siècle » comme le dit joliment le ministre chinois des Affaires étrangères.

Comme un symbole, le géant pétrochimique russe Sibur et Sinopec vont ouvrir sur le fleuve Amour le plus grand complexe de fabrication de polymère au monde, avec la complicité gazière de Gazprom. Pipelines, joint-ventures, projets innombrables, nouveau cosmodrome russe : cette région, interface entre les deux grands, se fraye petit à petit une place au centre de l’échiquier. C’est pourtant anecdotique à côté de ce qui se passe à l’échelle mondiale, où la force tranquille sino-russe avance inexorablement…

L’écrasante prépondérance commerciale de la Chine

Le dragon semble inarrêtable. Le mois dernier, il a signé un colossal accord commercial – le plus grand de l’histoire – avec quatorze autres pays asiatiques et océaniens, parmi lesquels le Japon, l’Australie, la Corée du sud et la Nouvelle-Zélande, pourtant fidèles protégés de Washington. C’est d’ailleurs la première fois que Pékin, Tokyo et Séoul se retrouvent dans un accord de libre-échange.

Il est évidemment difficile d’ignorer, même pour les vassaux de l’empire, l’écrasante prépondérance commerciale de la Chine, corollaire de sa puissance sur la scène internationale. Une image vaut tous les discours. Il y a cinquante ans, neuf des dix premiers ports mondiaux étaient occidentaux. Aujourd’hui, seul Rotterdam entre difficilement dans le classement tandis que l’Asie rafle la mise, particulièrement la Chine avec sept ports sur dix :

Le “pays du milieu” (中国) retrouve sa place centrale, comme le montre ce très intéressant cartographique exposant le centre de gravité économique de la planète. Et encore, a-t-il été réalisé en 2018, avant que la pandémie n’accélère le mouvement…

À peine séchée l’encre de l’accord asiatique de novembre, voilà que le dragon remet ça. Profitant du “moment d’absence” de l’oncle Sam, il vient de parapher avec l’UE un énorme accord bilatéral d’investissements qui était en négociation depuis sept longues années.

On imagine les stratèges du Potomac s’arracher les cheveux. Sur ce point, ils pourraient paradoxalement être rejoints par des gens qu’ils détestent (et qui les détestent) : les souverainistes/protectionnistes européens. Opposés sur à peu près tout, ces deux groupes ont en commun de vouloir contrer la crue chinoise, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons : stratégiques d’un côté, économiques de l’autre.

Mais que peuvent bien faire les États-Unis, embringués dans la seconde vague covidienne, la récession et la guéguerre de succession entre Donaldinho et Joe l’Indien ? Contraste saisissant, l’économie chinoise affiche quant à elle une santé insolente et continue de creuser l’écart avec le reste du monde. Le résultat ne se fera d’ailleurs pas attendre :

« La Chine dépassera les États-Unis pour devenir la première économie mondiale d’ici 2028, cinq ans plus tôt que prévu, grâce à sa gestion de la pandémie de COVID-19, a indiqué le rapport annuel du Centre for Economics and Business Research (CEBR). 

“Pendant un certain temps, un thème primordial de l’économie mondiale a été la lutte pour le pouvoir économique et le soft power entre les États-Unis et la Chine (…) La pandémie et les retombées économiques correspondantes ont certainement fait pencher cette rivalité en faveur de la Chine”, a affirmé le centre de recherche britannique. »

Précisons que nous parlons ici de PIB en valeurs absolues car, en parités de pouvoir d’achat, Pékin a déjà dépassé l’aigle il y a quelques années. Et pour ceux qui préfèrent des critères plus concrets, il suffit de voir le boom du trafic ferroviaire entre la Chine et l’Europe, d’ailleurs favorisé par le corona et les restrictions qu’il a engendrées pour le transport aérien, maritime ou par camion. À tel point qu’une firme pourtant japonaise, Nippon Express, qui opère déjà sur ces tronçons, veut doubler le nombre de ses trains !

Pour le Washingtonistan, c’est une catastrophe. Non seulement pour ce que cela représente – la marche chinoise vers le sommet – mais aussi et peut-être surtout pour ce que cela permet : l’intégration du continent-monde et la jonction du Heartland et du Rimland. La pandémie a clairement donné un coup d’accélérateur à ce processus, véritable cauchemar de la thalassocratie. De nouvelles liaisons apparaissent ou se développent sans cesse, à travers la Russie, l’Asie centrale, l’Europe orientale, et même l’enclave de Kaliningrad participe maintenant pleinement à la fête.

Et quand la compagnie de chemin de fer russe connaît un trou d’air passager, la Banque asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (la fameuse BAII, bien connue de nos lecteurs) est là pour venir à la rescousse, incarnant à la perfection son rôle qui consiste à la fois à concurrencer les institutions financières made in USA, à dédollariser et à être la cheville ouvrière de l’unification de l’Eurasie.

Cerise sur le gâteau, ou dernier clou dans le cercueil de Spykman, l’Iran honni et sanctionné y va également de sa petite ligne ferroviaire vers l’Afghanistan, alors que le “camp du Bien” a été incapable d’y construire la moindre infrastructure en vingt ans d’occupation !

Suite au prochain billet, dans lequel nous nous pencherons plus particulièrement sur le cas de la Russie…

=> Source : Le Grand jeu

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