Post-effondrement : gérer le passage dépressif d’avant reconstruction

Après l’effondrement systémique (avéré) qui frappe aujourd’hui notre société, nous allons devoir aborder et gérer la toujours trop longue et chaotique période de flottement qui précède le moment de la reconstruction. Et rien de tel que de préparer cette reconstruction pour éviter de sombrer dans le désespoir et le découragement.

Les réactions de révolte entamées en novembre 2018 par les Gilets jaunes, bientôt rejoints par les activistes écologiques, les personnels soignants, les avocats… sont de bon augure pour la renaissance de notre pays.

Très encourageante aussi la réaction efficace du “peuple d’en bas” pour assurer le fonctionnement du quotidien mis à mal depuis du pic épidémique. Soignants toujours, mais aussi artisans, commerçants, agriculteurs locaux, employés et caissiers de supermarché, personnels de voirie… ont montré qu’ils étaient capables de suppléer aux défaillances des dirigeants de l’ordre vacillant.

Passer de la contestation de l’ordre ancien à la construction d’un véritable nouveau monde

Pourtant, comme le remarque Alain Badiou dans un billet adressé au site QG, les manifestations de révolte qui fleurissent un peu partout restent dans un « mouvementisme » protestataire qui mobilise certes les masses, mais qui pêche par son absence de contre-projet politique cohérent. Le dégagisme manifesté à l’égard de dirigeants, les mots d’ordre comme “défense de nos libertés” ou “contre les violences policières” n’ont jamais fait une politique, encore moins un monde nouveau.

La piste strictement marxiste proposée par Alain Badiou dans son billet peut ne pas paraître vraiment en adéquation avec la tradition libertaire égalitaire de notre pays. Il n’en demeure pas moins que la construction d’un véritable projet – « grandiose » – de société est la condition sine qua non pour abréger autant que faire se peut l’épisode douloureux que nous allons inévitablement traverser. Et les Français – je pense surtout aux jeunes – ne pourront compter que sur eux-mêmes. Certainement pas sur les forces politiques, intellectuelles ou syndicales héritées du monde d’avant, constamment dépassées sur tous les sujets depuis novembre 2018.

On aurait tort de se décourager face à ce constat, bien au contraire. On ne peut bâtir un projet solide qu’en ayant pleine conscience du terrain mouvant sur lequel on s’engage. Et en faisant table rase d’un passé devenu malodorant. C’est véritablement un monde nouveau que mes jeunes compatriotes doivent construire, pas replâtrer les ruines de l’ordre ancien dissolu, ni seulement se contenter d’en abattre les vestiges. Les Gilets jaunes ont montré leur capacité de se faire rapidement une conscience politique. Persévérer sur cette voie est devenu vital.

=> Lire le billet d’Alain Badiou sur QG

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