D’Élisabeth Eidenbenz à Cédric Herrou : ces indésirables “prodiges de la République”

Un jour viendra où Cédric Herrou, comme Élisabeth Eidenbenz, ces parias de la société, seront honorés comme Prodiges de la République.

Élisabeth Eidenbenz

1937-1944. Élisabeth Eidenbenz, après avoir œuvré en Espagne aux côtés des Républicains, a créé et a fait fonctionner la maternité suisse d’Elne, Pyrénées orientales, de 1939 à 1944. Des centaines de bébés de réfugiées espagnoles chassées par le franquisme, puis de gitanes, de juives allemandes, autrichiennes ou polonaises, sont nés dans la maternité d’En Bardou à Elne. Des centaines de bébés et leurs mères qui doivent leur survie à un petit bout de femme énergique qui avait décidé de ne pas plus se coucher devant la Troisième république qu’ensuite devant les Nazis. Et Élisabeth Eidenbenz ne s’est pas embêtée avec la légalité. Quand elle n’a plus eu le droit d’accueillir des juives, elle s’est contentée de falsifier les identités.

2002 et années suivantes. Pour son action hors la loi Élisabeth Eidenbenz a été nommée “Juste parmi les nations” par l’État d’Israël, a reçu la “Croix d’or de l’Ordre civil de la solidarité sociale” du gouvernement espagnol et la “Creu de Sant Jordi” du gouvernement catalan. Le manoir-maternité En Bardou, racheté par la municipalité d’Elne, est devenu un “lieu de mémoire”.

Élisabeth Eidenbenz a dédié toutes ses décorations à Lucie, une jeune juive qui a accouché d’un enfant mort-né. Lucie, restée à la maternité d’Elbe pour donner le sein aux bébés que certaines mères trop maigres ne pouvaient nourrir, a été arrêtée par la Gestapo en 1943.

Une indésirable

Une Espagnole témoigne qu’en 1939 il y avait près d’elle une femme avec son bébé dans le camp d’indésirables sur la plage. Le bébé pleurait tout le temps de faim et de froid. La jeune mère recouvrait son bébé de sable jusqu’à la tête pour qu’il ait moins froid. Et puis le bébé est mort. Et notre témoin, enceinte jusqu’aux yeux, de dire qu’elle était terrorisée à la perspective d’accoucher sur la plage.

Élisabeth Eidenbenz est passée dans ce camp gardé par les gendarmes français. Et Élisabeth a conduit notre Espagnole à la maternité suisse d’Elne. Où elle a mangé à sa faim, dormi au chaud dans un lit avec des draps propres et donné naissance dans des conditions qui lui auraient paru un luxe inimaginable quand elle vivait sur la plage à barbelés.

C’est à l’histoire lumineuse de cette Espagnole, relevée sur les panneaux d’une exposition consacrée à Élisabeth Eidenbenz et à sa maternité suisse d’Elne, que l’on songe en lisant les faits et gestes de Cédric Herrou.

Un valeureux de notre temps

L’un des nombreux habitants de la vallée de la Roya engagés auprès des réfugiés a pris à la lettre le conseil de tous ceux qui nous disent : « Mais prenez-les chez vous ! » Cédric Herrou a transporté des réfugiés. Il a nourri des réfugiés. Il a hébergé des réfugiés. Et puis sa maison est devenue vraiment trop petite.

Alors, avec les voisins, les copains, les hommes et les femmes de bonne volonté, les associations des Alpes maritimes et Médecins du monde et Amnesty international et la Ligue des droits de l’homme, ils ont squatté une colonie de vacances désaffectée. Cinquante-huit réfugiés y ont pris place le premier soir. Le but était de mettre les pouvoirs publics en demeure de s’occuper des réfugiés au lieu de les pourchasser.

En effet, ne l’oublions pas, c’est aux pouvoirs publics de protéger les êtres humains fragiles ou en danger. Les associations caritatives ou les initiatives privées ne font que suppléer la carence des pouvoirs publics.

Prodiges de la République

« Un jour viendra où Cédric Herrou, comme Élisabeth Eidenbenz, sera très officiellement honoré pour son humanité. »

C’est avec cette phrase que se terminait le monument en l’honneur de Cédric Herrou dans ma série sur « Les valeureux de notre temps. Ceux que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. »

Je ne pensais pas alors que le futur viendrait si vite ! Car voici que Marlène Schiappa, “ministre déléguée chargée de la citoyenneté”, lance l’opération Prodiges de la République : « Être citoyen dans cette période, c’est aussi donner de son temps pour les autres […] Pour la première fois, le ministère de l’Intérieur organise une opération visant à récompenser celles et ceux qui s’engagent au service des autres ! […] Il est temps de leur dire merci. Si vous aussi, vous voulez dire bravo et merci à votre prodige, remplissez le formulaire ci-dessous pour que son engagement rayonne ! » [j’ai corrigé les fautes d’orthographe et de rédaction, ndlr.]

Eh bien soyons des centaines, soyons des milliers, à saluer Cédric Herrou sur le site Prodiges de la République. Et battons le rappel de tous nos amis, de nos familles, de nos réseaux sociaux, pour que des centaines de milliers de remerciements fraternels à Cédric Herrou parviennent ainsi à la préfecture des Alpes maritimes (06). Par notre volonté Cédric Herrou, symbole exemplaire de l’entraide, sera dès demain très officiellement honoré pour son humanité !

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