Le Grand jeu : Alep perd ses poils

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Alep, c’est fini. Ou presque… Les djihadistes s’écroulent, leurs quartiers tombent les uns après les autres comme les chocolats d’un calendrier de l’avent, les barbus se rasent en masse.

Lundi à 13:00 :

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À 18:00 (Sukhari est libéré) :

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À ce rythme, la totalité d’Alep repassera sous contrôle gouvernemental bien avant Noël comme nous l’envisagions prudemment. Aux toutes dernières nouvelles, les modérément modérés auraient accepté d’arrêter les combats et de quitter la ville qui revient donc entièrement dans le giron d’Assad.

Et après ? Une intéressante analyse de Fabrice Balanche a paru dans FigaroVox, trop pertinente et honnête pour rester plus de quelques dizaines de minutes en une (l’ambassade du Qatar a dû passer un petit coup de fil à Dassault…) Il y étudie les différents scénarii possibles — offensive vers Idlib (ouest), vers Raqqah (est) ou vers Deir Ez Zoor (via Palmyre) — et penche comme votre serviteur pour Idlib.

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Le poids du Hezbollah et de l’Iran sera sans doute déterminant pour libérer les deux petites enclaves chiites de Kefraya et Foua, en plein cœur du djihadistan sunnite d’Idlib. Plus globalement, il semble raisonnable d’éradiquer d’abord le foyer barbu en Syrie utile avant de retourner toutes ses forces contre Daech.

Ailleurs

L’EI justement. Palmyre est tombée en totalité hier. En soi, ce n’est pas dramatique sur le plan stratégique mais le symbole est fort et malencontreux. On comprend un peu mieux ce qui s’est passé : 4 000 à 5 000 petits hommes en noir sont soudain sortis du désert. En face, seulement un millier de combattants (!) dont les peu efficaces Forces de Défense Nationale. Devant une telle disproportion, les commandants syriens ont sagement décidé de faire retraite.

Le problème est que les daéchiques ne s’arrêtent pas en si bon chemin et menacent maintenant la base T4 (Tiyas) :

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Un premier assaut a été repoussé mais les loyalistes se préparent à une deuxième vague. Des renforts sont tout de même arrivés pour stopper l’avancée noire et même, à terme, contre-attaquer. Pour Damas, l’équation est la suivante : faire le dos rond à Palmyre le temps d’en finir à Alep. Ensuite, les renforts pourront affluer.

La question à un million : d’où vient ce troupeau de bisons daéchique, d’ordinaire peu nombreux dans la région ? On a un temps pensé que l’arrivage provenait de Deir ez Zoor, mais la grosse attaque de l’EI aujourd’hui contredit cette thèse. Al Bab ? Peu probable : l’ASL pro-turque, qui campait à un kilomètre de la ville depuis ds semaines, est entrée dans les faubourgs mais fait face à une forte résistance. Mossoul alors ? Impossible après que les milices chiites aient fermé la porte vers la Syrie fin novembre. Avant sans doute. Peut-être tout simplement de Raqqah où, tiens tiens, l’offensive kurde chapeauté par Washington semble être au point mort…

Nouveau — et sans doute dernier avant le 20 janvier — plan diabolique de l’empire cherchant jusqu’au bout à utiliser l’épouvantail daéchique pour mettre en difficulté Assad ? C’est ce que semblent suggérer à demi-mot les militaires russes, l’ancien ambassadeur britannique en Syrie ainsi que Lavrov. À suivre…

En Turquie, le sultan se prend en pleine figure le boomerang lancé il y a deux ans, ayant réussi l’insigne exploit d’importer (partiellement) sur son territoire le conflit qu’il avait contribué à allumer en Syrie (aucune surprise pour le fidèle lecteur du blog). Désormais, Istanbul et Ankara vivent au rythme des attentats : quand ce n’est pas Daech, c’est le PKK — où en l’occurrence le TAK, mouvement dissident ou sous-traitant.

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Si Erdogan en profite pour procéder à des arrestations massives au sein du HDP — le parti pro-kurde qui n’a strictement rien à voir avec ces attentats mais qui l’avait électoralement humilié l’année dernière — la consolation est maigre. L’économie turque, déjà en dégringolade, n’avait vraiment pas besoin de ça…

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Terminons sur une petite nouvelle passée inaperçue et qui ne mérite peut-être pas d’être relevée, mais nous préférons donner au lecteur toute information susceptible d’expliquer les événements futurs. Dans le cadre de la prise de distance du Donald avec ses activités entrepreneuriales, le futur président américain a fermé quatre sociétés liées à l’Arabie saoudite. Ce n’est peut-être rien… comme ça peut être un signe annonciateur d’un prochain changement de direction de la politique étrangère des États-Unis.

Source : Le Grand jeu

 

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