Des victimes de terrorisme à niveau d’indignation variable

Des victimes de terrorisme à niveau d’indignation variable

Le meurtre de Samuel P. à Conflans est odieux. Pourtant l’odieux de ce crime est désormais rattrapé par l’odieux des réactions qu’il provoque. Le déluge de haine islamophobe qui se déverse ce matin sur les médias et sur les réseaux sociaux est proprement inouï. Et je ne parle pas seulement des aboiements habituels lâchés par des trolls anonymes, mais de propos tenus par des personnalités connues, des citoyens à vocation respectable, et même quelques amis.

On y passe vite et en vrac de la dénonciation d’un acte meurtrier odieux commis au nom de l’Islam, à la condamnation de l’Islam lui-même, des musulmans qui pratiquent cette religion et même de l’enseignement de la langue arabe en milieu scolaire.

Tout ça au nom de la liberté d’expression ! Ou du moins de ce qui en reste : la liberté de blasphème (c’est-à-dire en gros de dire du mal des autres croyances au nom de ses propres convictions). Inouï d’entendre crier à la liberté d’expression bafouée ceux-là mêmes qui acceptent aujourd’hui sans broncher le flot des interdictions d’État : interdiction de manifester, interdiction de photographier des policiers commettant des actes de terrorisme policier, interdiction de circuler sur des voies publiques entre 21 heures et 6 heures, de se réunir à plus de 6 dans la sphère privée…

Le terrorisme d’État, propre des sociétés en voie de décomposition

À côté du terrorisme d’inspiration islamique, il existe aujourd’hui un autre terrorisme aussi meurtrier et autrement plus préoccupant : le terrorisme d’État, propre des sociétés en décomposition. Ce terrorisme-là s’exprime de diverses façons, avec son lot insupportable de victimes innocentes :

  • les violences policières : Steve Caniço (mort noyé après une charge de police sauvage une nuit de Fête de la musique), Zineb Redouane (octogénaire tuée à sa fenêtre par le tir tendu d’une grenade lacrymogène un jour de manifestation de Gilets jaunes), Cédric Chouviat (mort étouffé pendant son interpellation par des policiers à Paris)…
  • les violences économiques, commises avec la bénédiction de l’État sous influence néolibérale au nom… de la liberté d’entreprendre : combien de morts au travail, au chômage ou dans les rues (SDF)… ?
  • les violences écologiques qui, toujours au nom de la liberté d’entreprendre (et d’amasser du pognon), détruisent impunément avec la complicité de l’État notre propre univers de vie sans qu’aucune résolution internationale (COP) ne soit suivie d’effet.

Toutes les victimes des différents terrorismes n’inspirent visiblement pas les mêmes intensités d’indignation. Le terrorisme d’État aurait même tendance à déclencher des réactions de soumission collective. Mais le terrorisme d’État, qui tient de plus en plus lieu de politique tout court, est aujourd’hui infiniment plus meurtrier que le terrorisme sporadique commis par quelques  détraqués au nom d’une religion qu’ils ne connaissent même pas.

Le déluge de haine islamophobe, déchaîné à la suite de la mort de ce malheureux professeur de Conflans, est d’ailleurs directement et ouvertement instrumentalisé par l’État terroriste, selon le bon vieux principe du bouc émissaire cher aux sociétés en décomposition :

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.