Voyage dans un pays détraqué 3. Visite à un ami que je ne verrai pas

Voyage dans un pays détraqué 3. Visite à un ami que je ne verrai pas

Ce dimanche, descente vers le petit village de Camboulit, près de Figeac dans le Lot, où demeure un couple d’amis que nous n’avons pas vu depuis trop longtemps.

Mais nous ne verrons qu’elle. Lui est bloqué dans leur appartement parisien, frappé par le Covid. J’ai raconté son aventure sur mes fils Facebook et Twitter. Mon ami, 72 ans, est resté plusieurs jours frappé par une fièvre incessante proche des 40°. Seul médicament prescrit par son médecin traitant : du Doliprane 1000 à haute dose (4 comprimés par jour) et un conseil de patience. Un familier lui apporte des vivres et ce dont il a besoin en les laissant à heures convenues sur le palier de sa porte.

Mon ami a attendu dix jours durant le résultat du test fatidique. Vendredi, le verdict est tombé : positif au Covid. Aucune prise en charge dans l’immédiat. Contacté, l’hôpital de Garches où officie le service de professeur Perronne a indiqué qu’il n’hospitalisait que les personnes victimes de difficultés respiratoires. La fièvre de mon ami n’est toujours pas retombée après ces douze jours, mais pas de troubles respiratoires. Du moins jusqu’à hier samedi. Mon ami a été hospitalisé d’urgence dans un hôpital de Créteil. Analyses en série, défilé d’infirmiers et d’internes, prescription d’Augmentin pour faire baisser la fièvre… Mais c’est seulement ce dimanche, au moment où j’écris ces lignes et où je prenais des nouvelles par téléphone de mon ami, que le premier médecin est entré dans sa chambre.

Pendant ces douze jours, j’ai fait des pieds et des mains pour aider mon ami à sortir de ce guêpier, lancer des alertes et des appels au secours via les réseaux sociaux. Mais j’ai pu mesurer la chape de plomb obscurantiste qui paralysait aujourd’hui notre malheureux pays. Contacté, l’IHU Méditerranée infection de Marseille m’a confirmé qu’il était le seul service à administrer le protocole du professeur Raoult en France à ce jour. Il était bien sûr inconcevable de prévoir un trajet de déplacement aussi long pour mon ami dans l’état où il était. J’ai pu obtenir par la bande le nom de deux médecins parisiens acceptant de prescrire de l’azythromycine, mais aucun pour délivrer de l’hydroxychloroquine.

Nous en sommes là, aujourd’hui en France et à Paris plus particulièrement, plus de six mois après l’arrivée du Covid dans notre pays. Le pic épidémique de mars-avril n’est plus qu’un mauvais souvenir – non, ce n’est pas le fait que mon ami soit durement frappé qui change quoi que ce soit à ce constat – mais le virus sévit toujours avec des effets renforcés par l’incurie de notre système de santé. Étonnez-vous après un tel exemple que les services de réanimation reçoivent à nouveau un nombre grandissant de patients en difficulté. Et que le nombre de victimes se mesure encore en dizaines par jour.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.