Si nous parlions d’autre chose ?

Si nous parlions d’autre chose ?

« Si nous parlions d’autre chose, savez-vous combien de roses, a bouffé la chèvre qui, a soudain pris le maquis »… chantait Anne Sylvestre autrefois dans une chanson engagée au chevet de la condition des femmes. La condition des femmes… Seigneur, nous vivions un âge d’or et nous ne le savions pas. Nous pouvions nous écharper sur le patriarcat, la domination masculine, l’homosexualité, le droit à l’enfant… Ah, comme nous avons-pu nous passionner pour ces sujets !

Sujets de riches, dirais-je aujourd’hui pour paraphraser feue ma bien aimée maman. Je la revois s’énerver sur la tenue de ses deux maisons, de sa famille… et s’arrêter soudain honteuse avant de s’exclamer : « Soucis de riches, je devrais avoir honte. Nous avons tout, j’arrête de me plaindre, par égard envers ceux qui n’ont rien. »

Je me souviens. Monde de riches. Nous l’étions tous, même les pauvres. Riches de libertés, riches de démocratie, riches, si riches. Et persuadés que tout cela ne pouvait que durer.

La fin des banquets qui rassemblent

Et puis, il est arrivé : le président de cette bourgeoisie qui en voulait encore plus. Et ce président est en train de les dépouiller, tous, oui, même ceux qui l’ont soutenu. Il a œuvré avec ardeur, dès le début, à nous enlever ce que notre peuple avait conquis de haute lutte au cours des siècles : la Liberté, l’Égalité, la Fraternité, inscrites dans des textes perfectibles, certes, mais qui nous paraissaient immuables dans leur essence : droit au travail, droit au soin, droit à l’école, droit à la vie. Droit de contester, de se syndiquer, de réclamer des comptes. Droit de vivre en somme à la Française : en liberté, en râlant, en s’engueulant de la droite à la gauche, comme on en avait pris l’habitude, comme le décrivait avec affection Goscinny dans les aventures d’Astérix le Gaulois : de grosses bagarres, mais un fond commun et à la fin toujours, le banquet qui rassemble.

J’ai senti comme une chape bien lourde s’abattre sur nos épaules. Mais je ne savais pas alors que ça allait être pire. Et ça a été pire : avec le coronavirus, mon monde est en train de disparaître. Est-il vraiment mortel ce virus, sommes-nous vraiment menacés de mort, et faut-il, pour survivre accepter de perdre les libertés qui subsistaient encore ? Et ces traitements que des médecins non corrompus par l’industrie pharmaceutique se voient interdire de nous prodiguer, sont-ils vraiment inutiles et dangereux ? Ma religion est faite. Je pense que non. Non ! Et quand bien même ils le seraient. Même au risque de perdre la vie en masse, ce que, par dessus le marché je ne crois pas vraiment, même si ce risque était réel, non, nous ne pouvons accepter de devenir des citoyens de seconde zone demandant la permission pour sortir, travailler, consommer, nous rencontrer, aimer et contempler le monde.

Cette humiliation, je refuse de la vivre. Depuis ce jour d’octobre ou le petit bonhomme répugnant qui se croit mon président a annoncé avec gourmandise qu’il nous assignait à résidence, j’ai pris le maquis. Je n’obéis plus. Alors, bien sûr, je sais : c’est facile, quand on vit à la campagne dans un lieu très peu peuplé. Je ne vais donc pas vanter ici un courage auquel je n’ai pas recours.

Parler d’autre chose, j’aurais bien aimé, mais je n’y arrive pas

Mais je garde au cœur une grande espérance. Mon peuple, mes concitoyens, les Français, sont des têtes dures. Ils l’ont prouvé à plusieurs reprises au cours de l’histoire. Alors j’espère qu’ils vont se lever, masqués ou non, pour dire stop ! Et renouer avec la désobéissance. Cette désobéissance qui devient le seul chemin honorable quand les puissants en font trop et rêvent, comme régulièrement au fil des siècles, d’enlever aux gens jusqu’à la douceur de vivre.

Parler d’autre chose ? j’aurais bien aimé. Parler de mes poules, de mon chien, des châtaignes et de la fraîcheur du soir. Mais je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus quand je vois la peur, la division, orchestrées par une poignée de puissants avides et prédateurs, gangrener mon pays.

Je n’y arrive plus quand je me rends compte que ce qui fait le sel de la vie, ce qui la rend attrayante et douce, pourrait nous être enlevé, volé, interdit.

Alors, que nous soyons du camp de ceux qui pensent que ce virus est vraiment dangereux, ou du camp de ceux qui pensent que tout cela est exagéré volontairement à l’extrême pour nous couper les ailes définitivement, j’espère de tout cœur que nous nous retrouverons pour dire non et désobéir.

Auteure de polars, de gauche, avec un gros faible pour les gilets jaunes et leur projet de République pour et par le peuple. Son site : https://lacavernedemarie.wordpress.com/