Témoignage : « Ce matin j’ai accueilli mes élèves de 4èmes… »

Témoignage : « Ce matin j’ai accueilli mes élèves de 4èmes… »

Le témoignage d’une prof principale de collège sur un jour de rentrée… masquée.


Ce matin j’ai accueilli mes élèves de 4èmes dont je suis le professeur principal pour l’année à venir. J’ai reconnu leurs frimousses, j’ai croisé leurs regards et imaginé leurs sourires.

Je leur ai parlé longuement, informations, livres, emplois du temps. C’est difficile, il faut parler plus fort, sur articuler, l’air manque, il faut parfois élever la voix pour réclamer le silence, mais je m’adapte. Je garde mon sourire, peut-être le devinent-ils… Je dédramatise… J’essaie en tous cas…

Ils devront garder le masque pendant les récréations, pendant les clubs (même pendant la chorale… véridique !) , ils ne pourront pas manger avec leurs amis des autres classes. Certains ont les larmes aux yeux. Ça me fait mal.

Quand allons-nous réaliser l’horreur que nous sommes en train de leur infliger ?

Les élèves posent des questions, beaucoup, ils ont du mal à se faire comprendre. Leurs petites voix ne passent pas la barrière du masque. Je n’ose pas leur faire répéter, c’est fatigant pour eux, je fais des efforts pour comprendre. Les plus timides se font oublier.

C’est la fin de matinée, ils commencent à faire vraiment chaud, certains tentent d’écarter leurs masques pour respirer, je les regarde, je ne leur dis rien, ils le remettent docilement. J’ai le droit de les sanctionner, j’ai le devoir de le faire. Pathétique !

J’ai envie d’enlever cette merde qui colle à mon visage mais plus encore j’ai envie de leur enlever à eux, innocents qui n’ont rien demandé.

C’était la rentrée des classes. Je les ai eu pendant deux heures. À partir de jeudi, ce sont des journées de huit heures de cours qui vont s’enchaîner. Quand allons-nous réaliser l’horreur que nous sommes en train de leur infliger ? Et une question qui reste sans réponse : pourquoi ?

Audrey Chaillou

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.