L’effondrement frappe aussi les grandes mégalopoles comme Paris

L’effondrement frappe aussi les grandes mégalopoles comme Paris

L’effondrement atteint aussi, et peut-être même d’abord, le coeur des grandes mégalopoles occidentales. Comme New York, Londres ou maintenant Paris.  « Paris aujourd’hui est morte, pour toujours », écrit Zoé Sagan dans le webmagazine Apar.tv.

« Paris n’est plus une fête. C’est terminé. Paris ressemble à un enterrement sans fin. Sans joie ni plaisir. Oui, Paris est morte à la fois artistiquement, intellectuellement et politiquement. Il ne reste plus rien de Paris si ce n’est des cendres. Paris portait déjà en elle le virus. Depuis la fin des années 70 probablement. Mais sa phase terminale s’est accélérée avec le Covid-19. Mais ce n’est pas seulement l’histoire d’une mort que j’ai envie de vous raconter, c’est l’histoire plutôt d’un meurtre. »

Paris aux cent villages, magazine mensuel publié dans les années 70

La première cause de la mort d’une grande ville comme Paris, écrit Zoé Sagan, c’est « l’hypergentrification », entendez la transformation de quartiers populaires (les « Cent villages » des années 70) en zones bobos, friqués à mort et vidées de leurs âmes par des politiques locales privilégiant à outrance les classes déjà privilégiées, avec pour conséquences un prix exorbitant des loyers et aussi une atmosphère sociale de plus en plus délétère.

Comment rester dans une ville qui vous pompe plus de 50% de vos revenus en loyers et vous confine dans des logements étriqués sinon insalubres à la première épidémie venue ? Comment, même avec du fric, vouloir rester dans une ville suintant la morbidité avec son overdose de stress, de bruits, de pollution, de surtourisme ?

Comme les civilisations, les grandes mégalopoles ne renaissent que sur leurs cendres, après l’effondrement

Comme à New York et à Londres, un mouvement d’exode frappe la capitale française qui perd plus de 12.000 habitants chaque année depuis 2011. Ce mouvement semble vouloir encore s’accélérer depuis la pandémie. Selon une étude de l’association “Paris Je Te Quitte” citée par Zoé Sagan, un Parisien sur deux souhaite désormais définitivement quitter la ville. Et ce n’est pas la nouvelle mode du travail à domicile qui va arranger les choses d’une ville en train de s’étouffer dans son faux luxe frelaté. Exode économique des plus précaires, mais aussi fuite des plus aisés épouvantés par la monstruosité urbaine qu’ils ont engendrée.

« Plus personne ne veut regarder la réalité en face. L’immobilier a d’ores et déjà perdu la moitié de sa valeur à New-York, et à Londres l’État vous offre 50% de la note de votre restaurant. Il est temps d’ouvrir les yeux, au moins en France. Paris n’est pas LVMH. Paris n’est pas Kering. Paris n’est pas un sac à main ou un centre commercial à défendre. Il serait temps de prendre conscience de l’urgence. »

Zoé Sagan raye d’un trait de plume acérée tout espoir de rebondissement de la “ville lumière” dans les conditions actuelles. La lumière est définitivement éteinte. Les grandes cités urbaines ne renaissent que sur leurs cendres. Après l’effondrement. Ou, comme à Berlin, après la chute d’un mur :

« À Berlin, de nombreux mondes coexistent sans se gêner; il n’y a pas de cri de ralliement. À Berlin, vous pouvez faire votre propre truc dans votre propre coin, et la solitude ne se transforme pas en désolation. Les gens se parlent, comme dans le Paris des années passées » (Mehdi Belhaj Kacem, cité par Zoé Sagan).

=> Lire le billet de Zoé Sagan sur Apar.tv (illustration : Apar.tv)

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.