Les cinq yeux du cyclone de l’effondrement systémique

Les cinq yeux du cyclone de l’effondrement systémique

Fait exceptionnel, historiquement inédit, huit cyclones tropicaux viennent de se former quasi simultanément dans le bassin atlantique. Pourtant, c’est un neuvième cyclone qui devrait nous préoccuper, celui qui est en train de déferler sur les pays du bloc occidental (non, la Chine et la Russie ne seront pas concernées, tout juste un peu secouées).

Dans le cas présent, l’expression “être dans l’oeil du cyclone” est factuellement juste, mais en même temps imprécise. Car le cyclone de l’effondrement systémique a cinq yeux :

  • Effondrement économique : l’effondrement économique se produit quand la bulle de l’économie financière se sépare de l’économie réelle ; les deux finissent par mordre la poussière ; pour l’instant, c’est l’économie réelle qui trinque, mais on remarquera rapidement que, comme pour les cyclones tropicaux, les dégâts seront beaucoup plus considérables dans les “quartiers cossus” (automobiles, aéronautique…) que dans les “favelas” populaires (agriculture localisée, micro-échanges…).
  • Effondrement politique : le pouvoir politique tombe aux mains d’une bande d’individus sans scrupule, mais aussi totalement dégénérés et d’une bêtise confondante, incapables de gérer la moindre crise qu’ils ont au contraire tôt fait d’envenimer par leur incurie ; leur autorité vole en éclat aux yeux des citoyens ; leurs relais médiatiques s’abiment dans la crétinerie ; leur maintien en poste ne tient qu’à l’inexistence d’une opposition crédible.
  • Effondrement de l’État de droit : face au naufrage de son autorité, le pouvoir politique se raidit en suspendant les libertés, en essayant de placer la quasi-totalité de la population sous surveillance policière ; mais cet état de fait n’a rien à voir avec l’établissement d’une dictature comme certains le prétendent : la dictature est un régime fort, quand le leur ne tient qu’à des exactions policières de plus en plus sporadiques, désordonnées, de moins en moins contrôlables, y compris par les détenteurs de l’autorité, pas plus capables de gérer leurs propres forces que les crises économiques ou sanitaires.
  • Effondrement social : l’effondrement systémique se caractérise par un repliement communautariste général, chaque “camp” s’opposant aux autres par pur réflexe de crispation effrayée ; le racialisme blanc s’oppose au racialisme noir, l’un ne valant pas mieux que l’autre ; la guerre des religions fait rage ; le tissu social a volé en éclat.
  • Effondrement populaire : tétanisée, la population est incapable de la moindre réaction de défense, soumise à tous les virus de la propagande, même la plus grossière, fermant les yeux et les oreilles – la voilà même qui avance masquée ! – pour ne pas voir le vrai cyclone lui tomber dessus.

Quelques résistants dans l’ombre

Comme à l’accoutumé, les résistants sont fort peu nombreux… mais ils existent, révélés par les différentes phases de crise ! On l’a vu lors du soulèvement des Gilets jaunes avec la très rapide prise de conscience politique d’une classe sociale peu habituée à cet exercice. On l’a vu au plus fort de la crise du coronavirus avec la résistance héroïque des forces sanitaires de terrain, fagotées de sacs poubelles, dépourvues de masques et de moyens, abandonnées à elles-mêmes par des autorités débandées. On l’a vu avec les initiatives locales de la base pour réorganiser les circuits d’échanges de produits de première nécessité. On l’a vu avec les premières tentatives de rabibochage entre milieux populaires en gilets jaunes et banlieues sinistrées…

En vérité, rien ne peut arrêter un effondrement systémique, pas plus des Gilets jaunes révoltés que des classes moyennes en colère. Aucun programme politique ne peut enrayer un tel déferlement cyclonique, “redresser” une société en train de tomber. Une chute aussi vertigineuse va toujours jusqu’à son impact final, jusqu’au choc fatal dont un système pourri ne se relève pas. C’est après et seulement après que la construction d’une nouvelle ère peut commencer.

Et c’est dans cette perspective que le travail dans l’ombre des quelques résistants authentiques revêt une importance capitale, éclaire un sombre horizon d’une lueur d’espoir. En attendant, prenez soin de vous, mettez-vous à l’abri, portez-vous au mieux.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.