La survie de l’économie réelle est entre les mains des citoyens et d’eux seuls

La survie de l’économie réelle est entre les mains des citoyens et d’eux seuls

De gigantesques injections de monnaie par les banques centrales… mais pas de pouvoir d’achat pour les consommateurs ! Tel est en substance le cri de détresse d’un article des Nouvelles économiques allemandes (DWN) qui implore :

« Lâchez la monnaie hélicoptère maintenant ! »

Je vous explique : la monnaie hélicoptère, en gros c’est “de l’argent tombé du ciel”, c’est-à-dire distribué directement par une banque centrale aux citoyens pour relancer en catastrophe une consommation sinistrée. C’est vous dire le caractère archi-gravissime de la situation économique pour que soit envisagée une mesure aussi contraire aux moeurs du capitalisme financier !

Pour l’heure, les banques centrales injectent des milliards de dollars, d’euros, de yens, de toutes les monnaies que vous voulez, pour empêcher des sociétés capitalistes de prendre le bouillon : l’automobile, l’aéronautique… Sauf que ce torrent d’argent monopoly va dans les mains des banquiers, atterrit dans celles des actionnaires, et n’arrive jamais dans les porte-monnaies de ceux qui consomment. Chasser le naturel pervers du néolibéralisme, il revient au galop.

La zombification complète des sociétés capitalistes occidentales

Lors d’une toute récente conversation téléphonique avec Julian Assange, Yannis Varoufakis explique ce qu’il appelle la « zombification complète des sociétés » :

« Jamais auparavant le monde de l’argent n’a été aussi découplé du monde des personnes réelles, des choses réelles – de l’économie réelle. Nous assistons avec stupéfaction à l’effondrement du PIB, des revenus des particuliers, des salaires, des revenus des entreprises, des petites et grandes entreprises, alors que le marché boursier reste relativement épargné. »

Cette “zombification des sociétés”, continue Varoufakis, se traduit par un phénomène ahurissant : maintenues artificiellement à flot par les tombereaux de monnaie de singe déversés par les banques centrales, les grandes entreprises – entendez leurs actionnaires et leurs décideurs – peuvent continuer à prospérer SANS RIEN VENDRE !!! Dès lors pourquoi se soucieraient-elles de garder un personnel qui produit des choses invendables ? D’où l’annonce peinarde d’une entreprise comme Renault qui, malgré des aides cossues versées par l’État, déclare sans ciller vouloir fermer plusieurs de ses usines françaises, avec forcément à la clé son lot de désastre humain chez les salariés.

La révolte des citoyens, seule à même d’arracher l’économie réelle à la “zombification” capitaliste

La “zombification”, c’est donc la mort de l’économie réelle si rien n’est fait pour tenter d’enrayer son agonie. Ne comptez pas sur les autorités en place pour résoudre le problème. Lors de son allocution infantile du 14 juin, le blanc-bec de l’Élysée y est allé de sa proposition déjantée : « travailler et produire plus » pour « éviter au maximum les licenciements ». Produire plus de biens et de services que personne ne consommera, ridicule ! Mais les Allemands, pourtant toujours plus futés quand il s’agit de réalisme économique et financier, ne sont guère mieux lotis, partagés entre leur appel désespéré à l’oxygène de la monnaie hélicoptère et leur effroi face au “trou noir” de la dette en train de se creuser vertigineusement.

Le dilemme est hélas cornélien : comment prendre les mesures à long terme qui s’imposent pour sauver ce qui peut encore l’être, quand ceux qui sont censées en décider, devenus fous, ne se préoccupent que de leurs dividendes de fin d’année ? En réalité, seuls les citoyens sont à même d’arracher l’économie réelle à la “zombification” capitaliste. Dans son échange avec Assange, Varoufakis conclut :

« À un moment donné, les masses se rebelleront et les gouvernements seront sous pression. Je ne pense pas que le capitalisme puisse survivre facilement, du moins pas sans d’énormes conflits sociaux et géopolitiques. »

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.