Grenoble, la violence du frigo vide et de l’ascenseur en panne

Une brève vidéo met le feu aux réseaux sociaux. On y voit des gugusses affublés de masques stormtroopers (Star Wars), gilets pare-balles et sulfateuses en pognes, qui “protègent” un trafic de substances illicites. Un truc bien caricatural typique du tournage pour série télévisée à bon marché. Mais l’extrême-droite, qui l’a beaucoup diffusé à la suite d’un cinglé de ses rangs, tout comme le gouvernement qui a envoyé via son préfet une myriade de keufs pour une myriade de perquisitions, n’ont même pas vu que c’était une fiction ! Le clip de rap a réussi une communication à une échelle que pas une agence de réclame grassement payée n’oserait rêver même après consommation éperdue de substances illicites !

J’ai bien rigolé. On a eu des jours de délire ! À croire qu’éditorialistes, présentateurs de télé et politiciens abusent tous du LSD… Jusqu’au moment où des gamins disent au préfet, qui tient sa conférence de presse sur les lieux du crime, qu’il est bien couillon, à son âge, de croire encore au Père Noël sur les lieux du gag ! C’était un clip de rap ! Avec des sulfateuses en plastique et des accessoires achetés dans un magasin de jouets et chez un marchand de bonbons ! J’ai bien rigolé mais ne pensais pas t’entretenir à ce sujet. Et puis je lis le fil qui suit. Je te le résume : La presse préfère narrer longuement une fiction totalement irréaliste plutôt que de s’intéresser à une vie quotidienne à base de frigo vide et d’ascenseur en panne.


Panique chez les bourgeois

Les bourgeois qui paniquent pour un clip de dealers tourné à Grenoble dans une pure volonté de mise en scène et pensent que c’est ça le quotidien… Sérieusement, arrêtez de nous expliquer le quotidien des cités alors que vous n’y foutez jamais les pieds, c’est ridicule.

Même dans les pires coupe-gorges de France, jamais vous ne verrez une telle scène, en dehors du tournage d’un clip (ou éventuellement, lors d’un règlement de compte…) Le Mistral, [le quartier de Grenoble où a été tourné le clip, ndlr] c’est pas la Scampia.

Et hop, comme prévu (car prévisible quand on sait vraiment ce que c’est que la vie dans une cité HLM) : c’était bien une mise en scène, en l’occurrence le tournage d’un clip de rap. Armes factices et vrais scooters. Gouvernement : ridicules. Fachos : ridicules.

Parce que bon, les gens se tirent dessus. Ça arrive. Un peu plus même à Grenoble qu’ailleurs, ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on connaît l’histoire de cette ville (l’une des rares ou le “grand banditisme” existe encore). Mais… des mecs qui stationnent toute la journée en bas de leur immeuble avec des armes, des gilets pare-balles, la drogue à découvert, en libre service, juste : mort de rire. Jamais. Nulle part. Ce n’est pas le quotidien des gens qui vivent à Grenoble (même si certains le fantasment).

La violence du frigo vide

Le quotidien c’est la pauvreté, la précarité, la violence du frigo presque toujours vide, des impayés de loyers qui s’accumulent. La violence de la rue s’y ajoute, mais elle est épisodique, et souvent (malheureusement) intégrée au point de devenir très secondaire.

La violence en cité, c’est d’être un citoyen de seconde zone, c’est de voir ton ascenseur en panne toujours non-réparé après plus d’un an, ton bailleur qui s’en bat les couilles de tes conditions de vie, et le manque de moyens pour saisir la justice. La violence en cité, c’est d’être invalide car tu t’es cassé le dos pendant quinze ans à faire un boulot de merde pour le confort des bourges, c’est d’allumer la télé pour te faire traiter d’assisté parce que tu touches des aides de la CAF, faute de pouvoir faire autrement.

Votre monde inégalitaire, injuste, est infiniment plus violent aux yeux des relégués des cités que n’importe quel clip de rap — et même que n’importe quelle fusillade.

Les p’tits bourges et les fachos de Twitter, vous ne savez rien de la violence, parce que la violence ce n’est pas celle des faits divers. C’est celle de faits de société que vous ignorez complètement, les seconds étant infiniment moins couverts que les premiers par la presse.

=> Source : Burn, baby, burn !

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