On va devoir se bouger le cul, vraiment, « la faim est criante »

On va devoir se bouger le cul, vraiment, « la faim est criante »

Le fil qui suit nous vient de Valence mais il pourrait venir de partout. Ainsi le préfet de Seine-Saint-Denis, c’est pas une militante associative et c’est loin de la Drôme, a alerté le gouvernement sur le risque d’« émeutes de la faim ».

On va devoir se bouger le cul. Vraiment. Pas traîner les savates en procession entre Bastille et Nation. Pas finasser sur les virgules. Pas faire la fine bouche sur les convictions des camarades pas dans notre ligne. Pas s’attarder sur les multiples textes, minables ou intelligents, plats ou enfiévrés, réformistes ou révolutionnaires. Pas se préoccuper du bruit, de la casse du matos ou des gros bobos qu’on va faire aux riches. La peur doit changer de camp.

Si nous ne prenons toujours pas la défense des plus pauvres, la classe qui se croit moyenne va encaisser cette année une foule de gâteries comme la fin des congés payés. On est prévenus. Mais si on continue les âneries comme à l’habitude il est raisonnable de penser que les pauvres ne vont pas tous mourir de faim sans saigner du riche, sans manger de la viande de riche. Voire de moins riche. On est prévenus.

La peur doit changer de camp.


Bilan de réunion téléphonique inter-associative à Valence.

Chapitre 1. Toutes les associations voient arriver des personnes qu’elles n’avaient encore jamais vues pour de l’aide alimentaire. Les besoins sont énormes et les associations dépassées.

Les Restos du Cœur : augmentation de tout type de public, jeunes, âgés, ouvriers, précaires, artisans, étudiants, familles.

Secours populaire : beaucoup de familles, augmentation des colis alimentaires des personnes déjà accompagnées, mais beaucoup de nouvelles personnes.

Secours catholique : ne font pas d’aide alimentaire normalement, viennent de ré-ouvrir, ont décidé de faire des petites aides mais finalement ne parviennent pas à ouvrir leur permanence parce que débordés par la foule, iront directement chez les gens.

Nous, SOROSA : pas d’aide alimentaire normalement. On est passé de vingt personnes à soixante par permanence. Ingérable. Beaucoup de familles qu’on n’avait jamais vues. Cantines fermées, fin de ressources, ces personnes n’ont plus du tout d’argent pour manger.

La Croix-Rouge : en quatre jours cent-cinquante personnes vues en maraude, dans la rue, sans domicile, distribution de chèques-services, colis alimentaires. Possibilités de faire la manche restreintes donc plus d’argent, la faim est criante (personnes isolées et familles.)

Paniers solidaires, Naples, Italie. « Celui qui peut, il met ! Celui qui ne peut pas, il prend ! »

Chapitre 2. Problème de fourniture de matériel de protection : aucune association n’a été fournie en masques, gants, gel hydroalcoolique. Chaque association s’est débrouillée pour en avoir pour ses bénévoles, mais les personnes accompagnées en réclament et aucune idée de comment en avoir par centaines.

Chapitre 3. Problèmes de santé décuplés : l’association les Petits Frères des Pauvres évoque les soucis de personnes âgées isolées, qui évitent d’aller voir le médecin pour ne pas déranger mais du coup finissent par avoir des problèmes de santé plus graves.

Idem pour la Croix-Rouge, avec des problèmes psychiatriques qui sont décuplés avec l’angoisse de la situation, la solitude. Pas de solutions ou très peu.

Chapitre 4. Pressions institutionnelles. Alors que les associations sont là pour épauler, il y a eu des pressions de certains représentants de l’État demandant aux assos d’assumer en urgence un rôle de gestion de crise

Chapitre 5. On est collectivement très peu sereins pour la suite : on nous demande des « retours du terrain » mais pour faire quoi exactement ? Et du terrain on se dit que la situation ne va pas s’arranger en quelques semaines, c’est une profonde crise sociale et humanitaire.

=> Source : Nordengail.

=> Important. Tu peux participer à la cagnotte exceptionnelle ouverte par SOROSA pour faire face à ses dépenses inhabituelles.


« Je rêve à ton retour les soirs de désespoir » Éric Mie chante « Louise » Michel.

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.