Calais et ses réfugiés : ce sont les Calaisiens qui en parlent le mieux

Si tu lis les textes de trois lignes avec trois fautes par mot, Calais est un enfer avec chaque nuit dix meurtres, trente viols, deux cents voitures volées et cinq cents maisons cambriolées. Des Calaisiens ont un autre regard. Et eux, ce sont des vrais Français : ils maîtrisent normalement leur langue maternelle…


Nous sommes de simples citoyennes et citoyens de Calais et nous voulons faire entendre une autre voix que celle de cette minorité d’habitants qui crie très fort à l’exaspération.

Nous vous remercions pour votre inquiétude mais Calais va bien, ou du moins pas aussi mal que ce que l’on voudrait vous faire croire.

Calais est une belle ville, bordée par une plage magnifique, avec des éléments d’architecture remarquables et de nombreux espaces culturels (musée, cité de la dentelle, le Channel…)

Mais aujourd’hui, notre ville n’est connue que pour sa population de migrants et la prétendue insécurité qu’elle entraîne.

Certes, depuis quelques années, un nombre croissant de personnes souhaitant se rendre en Angleterre se heurte à notre frontière naturelle, le détroit du Pas de Calais. Ils se retrouvent bloqués, parqués aujourd’hui dans ce qu’il est convenu d’appeler la « jungle », un bidonville créé par la mairie en périphérie de la ville.

Depuis quelques mois, une minorité d’habitants, pas tous calaisiens d’ailleurs, véhicule des propos alarmants en évoquant un taux de délinquance impressionnant, des agressions quotidiennes, des dégradations multiples… Bref, en regardant les journaux, on a l’impression d’être en zone de guerre. Il n’en est pourtant rien. Pas de bombes, pas de hordes de migrants dans nos maisons, pas plus de risques si on traverse la ville à pied, même de nuit. Nous le savons, nous y vivons.

Ce qui est difficile à Calais, c’est cet impact médiatique tellement négatif. Les médias ne relayent qu’une voix, largement déformée par la haine et souvent par le racisme. Les modérateurs sur les réseaux sociaux ne font pas le tri dans les propos racistes et calomnieux, pire relayent ces propos et leur donnent une visibilité exacerbée.

Loin de nier les problèmes bien réels de notre ville, nous en avons assez de devoir nous justifier auprès des gens qui vivent loin : non, nous ne risquons pas plus notre vie à Calais le soir qu’à Lille, Paris ou Toulouse.

Oui, le soir sur la rocade, il faut être très prudent. Les centaines de CRS qui remplissent nos hôtels depuis des mois (et qui, soit dit en passant, permettent à l’économie hôtelière d’être florissante) créent un climat de tension et quelques migrants, désespérés par leur situation, semblent prendre tous les risques pour tenter de monter dans les camions. Oui, certains routiers ont, de fait, de grandes difficultés à assurer leurs livraisons.

Mais en dehors de ces problèmes bien concrets, non, l’ensemble des commerces ne souffre pas.

D’une part, nombre d’entre eux bénéficient de cette présence migratoire : les cafés, baraques à frites et autres restaurants ne désemplissent pas. Migrants et bénévoles viennent s’ajouter aux calaisiens habitués. Les commerces de bricolage, de sport (vélos, tentes…) et les hôtels se portent merveilleusement bien.

D’autre part, oui, certains commerces du centre-ville sont effectivement obligés de fermer, mais combien de centre-villes ont perdu leurs commerces de proximité à cause de grandes surfaces commerciales ? Des réfugiés, on en voit très peu en ville, puisqu’ils sont invités à rejoindre la jungle, loin du centre-ville.

On peut relever que ce déclin progressif s’est amorcé avec l’ouverture d’une immense surface commerciale à l’extérieur de la ville, la cité Europe et l’ouverture de nouveaux espaces en périphérie.

Les loyers prohibitifs du centre-ville y sont également pour quelque chose. S’agirait-il alors d’un problème de mairie ?

Ce qui est difficile à Calais, c’est le manque d’attractivité de notre ville.

Depuis le début de l’année 2016, on inonde des terrains protégés, on abat des arbres et on fait pousser des grillages. Ce n’est pas dans toutes les villes de France que l’on rase des espaces verts pour (soi-disant) avoir plus de visibilité…

Toutes les villes de France n’ont pas la chance d’avoir un mur de 4 m qui enfermera bientôt ses citoyens dans leur propre ville. Faire de calais une forteresse n’est pas une solution. Il a été prouvé que les grillages et les barbelés n’empêchent pas les intrusions ! Alors à quoi servent-ils ? Pour rappel, les touristes ne sont venus à Berlin que pour voir le mur au sol, pas avant…

Alors oui, Calais est en difficulté, mais comme tant d’autres villes de notre région et de notre pays.

Le pouvoir d’achat des Français baisse, notre industrie dentellière n’est plus qu’un musée, il n’y a plus de compagnie maritime française dans notre port, le plus fréquenté de France…

Venez nous voir, venez discuter avec nous, venez découvrir notre ville et ses richesses, venez vous rendre compte de la bonne réputation des gens du Nord car nous en faisons partie.

=> Source : texte écrit par un collectif de Calaisiens.

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