Confinement : une mise à la diète salutaire riche d’enseignements

Confinement : une mise à la diète salutaire riche d’enseignements

À Toulouse, des avocats ont contesté la légalité du confinement qu’ils qualifient de mesure disciplinaire plutôt que sanitaire. En réalité, c’est la façon mesquine, à coups d’amendes à 135 euros et d’interdictions punitives (le plages, les sentiers côtiers par chez moi) dont cette mesure est appliquée qui est disciplinaire. Le confinement lui-même aurait plutôt du bon, je trouve, riche d’enseignements.

La révélation du délabrement politique et social de notre pays

D’abord, il aura mis cruellement à nu, sans nul besoin de tests de dépistage sophistiqués, les  tares qui rongent notre société prétendument développée et démocratique :

  • la totale incurie de notre personnel politique – et partant de là, celle de notre pseudo démocratie puisque c’est bien nous qui avons porté ces ganaches au pouvoir ;
  • la suffisance de nos autorités sanitaires multipliant des tests « scientifiques » – la méthode ! la méthode ! – aussi pompeux et interminable qu’inutiles en période de pandémie galopante ;
  • le délabrement de nos services publics, en particulier sanitaires dépourvus de personnel, de matériel et de moyens par des années d’“optimisation” financière ;
  • les défaillances mesquines d’au moins une partie d’entre nous : ah, cette campagne hystérique de dénigrement contre le professeur Raoult, seul médecin tentant quelque chose de pragmatique ! ah, ces appels au pistage systématique, ce retour à la délation anonyme bien sordide, cette ostracisation sinistre de nos infirmier.e.s désignés comme pestiférées par leurs voisins de palier !

Des points de comparaison cruels pour les pays dits “développés”

En nous imposant du temps d’oisiveté contrainte, le confinement nous donne aussi le loisir d’aller voir un peu ce qui se passe ailleurs que chez nous. Là encore, verdict douloureux. Lorsque le soir tombent les nouveaux chiffres statistiques quotidiens des ravages commis par le Covid-19, quelle douloureuse surprise de voir que non seulement nos pays dits “développés” sont les plus touchés par le virus, mais qu’ils en sont aussi les champions incontestés, et de très loin, en terme de victimes.

Quel étonnement de constater que les pays dits “émergents” (Chine, Russie, Corée du sud…) ont réussi à enrayer la progression du mal et que les pays “en voie de développement” (Afrique) en sortent relativement épargnés et indemnes (il est vrai que là-bas, on ne s’embarrasse pas de méthodologie pontifiante en matière sanitaire et allez hop, dépaquine pour tout le monde).

Quel ébahissement, en occupant notre temps à consulter la presse étrangère sur le net, de découvrir que des pays comme Cuba, le Venezuela ou encore le Maroc disposent de masques et/ou de tests de dépistages en nombre quand nous autres, les pays “riches”, en sommes si dépourvus. Quel ébahissement de constater que ce que nous considérions comme d’insupportables privations totalitaires de liberté  dans ces pays pestiférés relevait finalement d’une discipline collective assumée. Pauvres de nous dont la liberté de « dire ce qu’on pense » s’apparente surtout à dire TOUT LE MAL que l’on pense des autres !

Distribution de masques au Venenezuela

Le besoin d’une réorganisation plus paisible de nos modes de vie

Le confinement général auquel nous sommes astreints n’est évidemment pas inutile, juste un médiocre pis-aller par défaut d’être foutus d’appliquer les mesures préconisées par l’OMS aux Nations pour lutter véritablement contre une épidémie : dépistage systématique et isolation des malades, soins gratuits pour tous, port du part par tous, renforcement des mesures d’hygiène pour l’ensemble de la population…

Mais à toute chose, malheur peut être bon. En détruisant notre modèle de fonctionnement capitaliste absurde – voyez la dépression fatale qui vient – en rompant avec le rythme vie frénétique que ce modèle nous imposait, le confinement prolongé va nous obliger à quelques salutaires prises de conscience , à une réorganisation obligé de nos modes de vie :

  • 11 avril : la rue de Vaugirard à Paris

    nos villes désertées par les voitures, nos zones périphériques d’activité à l’arrêt… et soudain beaucoup plus respirables ;

  • la consommation frénétique soudain passée au ralenti sans que nous n’en éprouvions guère de manque ;
  • cette espèce de sérénité qu’on voit apparaître dans nos petites villes, cette civilité retrouvée qui nous fait faire des queues interminables sans que nous récriminions devant les boutiques, les supermarchés, les marchés…
  • on note même l’apparition d’une certaine solidarité, d’un réflexe d’entraide, d’une certaine forme de gentillesse entre citoyens.

Alors oui, la transition du monde frénétique d’avant vers un monde plus, oui, apaisé, ne va pas se faire sans grosses secousses. Il y a le cas des grandes villes dont le confinement fait apparaître aujourd’hui le côté inhumain, insupportable. L’agonie du monde pourri n’ira pas sans charrier son lot de chômage, de précarité pénible, de souffrances. Mais c’est comme ça, le prix à payer pour nos égarements. Regardez comme beaucoup d’entre nous, grâce au confinement et à la vie imposée de retraités, se sont déjà désintoxiqués des rythmes d’avant. Même les efforts d’engourdissement médiatiques n’ont plus prise sur nous. Et si, grâce au confinement, nous redevenions un peuple génial ?

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.