L’arrêt brutal du temps capitaliste imposera une solution politique brutale

« Quand on se souvient de nos vies il y a un mois, cela semble une éternité », observe Corinne Morel-Darleux (CMD) dans une indispensable interview accordée à Bastamag. Ce que certains  (dont le yetiblog) envisageaient dans un avenir encore assez flou est devenu soudain réalité : l’effondrement du système de valeurs et de croyances capitalistes.

Le temps capitaliste s’est pour ainsi dire suspendu. L’agitation imposée par un système névrotique s’est muée en un confinement éberlué. La machine s’est arrêtée. Les failles du système sont apparues en plaies béantes et douloureuses : un système de santé en charpie, un système de production de biens absurdes qui veut qu’on importe de contrées lointaines les produits de première nécessité que l’on aurait pu, que l’on aurait dû continuer à produire nous-mêmes (aliments, médicaments, vêtements…).

« Aujourd’hui, un futur inconnu est devenu notre présent, et le présent a rapidement basculé dans le passé »

Et surtout, surtout, apparaît la faillite d’un État squatté par une bande d’aigrefins qui, déboussolés, poussent maintenant l’obscénité jusqu’à en appeler à la générosité des citoyens pour financer les services publics qu’ils ont eux-mêmes réduits en charpie.

« Aujourd’hui, un futur inconnu est devenu notre présent, et le présent a rapidement basculé dans le passé », déclare CMD qui se refuse à parler de “crise”. Une crise n’est qu’un moment périlleux d’une histoire temporaire avec un début, un milieu et une fin. Peut-on dire que le dérèglement climatique va prendre fin comme une vulgaire crise financière ? s’interroge CMD. Qui peut dire que la pandémie de coronavirus va connaître un pic et disparaître comme par enchantement ?

« D’un point de vue purement scientifique, nous ne savons pas comment ce virus va continuer à évoluer, éventuellement muter, voire à revenir par vagues, potentiellement au prochain hiver. »

Qui n’aura remarqué, en examinant les statistiques des ravages du Covid-19, que le virus touche aussi essentiellement les sociétés dites “évoluées”, qu’il est apparu dans une de ces régions industrielles archi-polluées (la région de Hubei, capitale Wuhan, Chine) où nous avons délocalisé nos outils de productions intensives ?

Un combat sans merci pour reprendre le contrôle de l’État aux mains des prédateurs

L’arrêt brutal du temps capitaliste, causé par de multiples facteurs trop durables pour être considérés comme de simples péripéties ponctuelles, nous contraint à une réorganisation précipitée de nos vies, constate CMD :

« Je dirais que l’enjeu principal, c’est la simplification de nos vies. Cela peut se concrétiser de beaucoup de manières différentes : à la fois s’alléger du superflu pour ceux qui le peuvent, gagner en autonomie, en réparabilité des objets, réduire notre dépendance au numérique, au pétrole, à l’énergie, aux flux logistiques mondiaux en relocalisant la production et en se posant la question de l’utilité sociale de nos activités, des dégâts sociaux et environnementaux, engendrés par ce que nous consommons. »

Déjà apparaissent les premières initiatives citoyennes en matière d’auto-organisation localisée pour pallier aux carences de l’État. Initiatives d’émancipation « anarchistes et libertaires » essentielles, insiste CMD, mais qui ne peuvent totalement remplacer les services dus pas l’État : « Nous avons encore besoin de l’État, nous avons encore besoin de ce qui reste des services publics. »

Mais ils ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les prédateurs qui usurpent aujourd’hui les rouages de l’État, ne lâcheront pas facilement le morceau. Ceux-là, déjà, tentent de reprendre l’initiative pour relancer leur guimbarde en panne, parlent de revenir sur les congés payés, de rallonger le temps de travail, en appellent à des efforts redoublés pour « réduire la dette »

Propos décousus lâchés par des voyous aux abois tentant désespérément d’échapper au naufrage, certes. N’empêche, ce que ne dit pas CMD (mais je vais le faire à sa place), c’est que la solution politique pour s’en débarrasser ne passera plus désormais par le jeu d’institutions politiques obsolètes, n’attendra pas, chacun le sent bien, un retour pépère aux urnes. L’indispensable et vitale solution politique à notre problème immédiat passera par un combat sans merci contre les usurpateurs, et sera forcément brutale (ou ne sera pas). #PlusJamaisCa #OnNoublieraPas

=> Lire l’interview de Corinne Morel-Darleux sur Bastamag

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