Lettre aux résistants pour ne pas laisser le Covid-19 ravager nos cerveaux

Lettre aux résistants pour ne pas laisser le Covid-19 ravager nos cerveaux

Le processus d’effondrement systémique que beaucoup pressentait, et dont l’épidémie de Covid-19 n’est qu’un des déclencheurs, n’en est qu’à ses débuts et commet déjà les premiers ravages contre lesquels les résistants authentiques vont devoir s’armer.

Le plus grave de ces ravages ne touche pas seulement à l’intégrité sanitaire physique des individus ou des collectivités, mais aussi et hélas surtout à notre santé mentale. Déjà, les premiers exemples de ces dégâts mentaux abondent dans les sommets hiérarchiques, si nombreux qu’on ne saurait les citer tous :

– du « chef de guerre » d’opérette qui débite des discours insipides devant un hôpital militaire de campagne en se faisant passer pour Clémenceau,
– à une porte-parole présidentielle qui est un dérapage ambulant à elle toute seule,
– en passant par un gouvernement dont les uniques décisions pour lutter contre l’épidémie auront été de créer un formulaire d’attestation de sortie pinailleur, de casser tout ce qui nous restait de droit sociaux, et pour le reste de lancer une de ces inévitables commissions (le comité Care) qui remettent toujours aux calendes grecques les réponses qui s’imposeraient d’urgence…

Mais il y a plus difficile encore à supporter que la dérive des autorités. Comme le Covid-19, un processus d’effondrement systémique n’épargnera pas non plus notre entourage immédiat, nos ami.e.s (ou “ami.e.s”). Attendez-vous aussi à des dégâts douloureux de ce côté-là : des ceux qui pètent les plombs, aux fatalistes qui se complaisent à anticiper le pire à coups de « je vous l’avais bien dit » ou « vous verrez plus tard que j’avais raison », en passant par tous ceux que submerge l’angoisse et qui ne sont plus, hélas, en mesure de résister à quoi que ce soit.

Quatre lignes de conduite pour tenir le coup dans la tourmente

Un effondrement systémique est quelque chose de très grave qui ne va pas aller sans graves secousses, ni graves dommages collatéraux, ni graves désillusions. Si nous voulons résister et ne pas être emportés dans le tsunami de la panique et du naufrage collectif, nous devons nous préparer à ce choc brutal. Les résistants authentiques – je veux dire ceux qui après la crise, participeront activement à la reconstruction – seront une fois de plus peu nombreux.  C’est à eux que ce billet s’adresse.

Car comment tenir, résister ? Essayons de fixer quelques lignes de conduite pour ne pas nous laisser emporter dans la tourmente :

  • s’accrocher à une solide philosophie de vie : la vie est une prise de risque où la peur est mauvaise conseillère ; la peur ne vous empêchera pas de vous choper la maladie qui vous clouera à un fauteuil, ou le cancer qui vous emportera, elle ne vous permettra pas d’échapper à un choc frontal avec le bolide d’un chauffard sous emprise alcoolique ; vivre, c’est accepter ces risques avec sérénité, volonté et élégance, surtout dans les périodes bouleversées ;
  • être sa propre autorité : face à la défaillance manifeste des autorités officielles, c’est à chacun de nous, en conscience, de décider de ses propres règles de comportement, soient pour suivre les directives fixées, soit pour les transgresser quand elles nous paraissent insensées ou absurdes ;
  • faire confiance à ceux qui tentent d’agir concrètement, dans tous les domaines, même s’ils transgressent les conventions ; ainsi les critiques actuellement portées contre un médecin pour mieux détruire son expérience de protocole contre le Covid-19 sont odieuses ; je ne sais si ce protocole est valable ou non, mais je sais qu’on ne juge pas un médecin à sa personnalité, mais à son travail et à ce qu’il tente pour soigner ses patients ; le professeur Raoult voterait-il Le Pen ou Mélenchon que ça ne changerait rien à la qualité (ou non qualité) de son activité professionnelle ; et la jeune femme de mon entourage, résidant à Marseille, qui vient d’être diagnostiquée positive au Covid-19 et qui est en train d’en sortir après application du protocole Raoult, se fiche pas mal de savoir si ce protocole a été ou non validé par l’Académie.
  • constituer des réseaux de vraie résistance et couper les ponts avec les résistants de pacotilles ou ceux qui sombrent, faute d’être emportés avec eux. Cette période d’effondrement va être longue, marquée par des rebondissements, des drames, des victoires, aussi. Nous devons tenir bon !

Bonne chance à tous, prenez soin de vous.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.