Après l’effondrement : en route vers le nouveau monde… mais lequel ?

Après l’effondrement : en route vers le nouveau monde… mais lequel ?

Nous y sommes. L’effondrement systémique, annoncé par les collapsologues (Dennis Meadows dès 1972, Pablo Servigne et Raphaël Stevens en 2015…), chroniqué depuis novembre 2005 sur le yetiblog, est en train de se produire sous nos yeux.

Un effondrement sanitaire peut en cacher plein d’autres

Non, cette “crise” de 2020 n’a rien à voir avec celle, purement financière puis économique (avec dommages sociaux) de 2008. À l’instar du philosophe Dominique Bourg, on devrait même parler d’effondrements au pluriel, qui se conjuguent pour emporter tout le système par le fond. L’effondrement sanitaire, avec l’épidémie du Covid-19, n’aura été qu’un accélérateur de toute une série d’autres effondrements :

  • effondrement climatique déjà largement entamé ;
  • effondrement de l’économie avec le blocage brutal de l’activité sur fond de confinement citoyen ;
  • effondrement financier sur fond de guerre du pétrole, avec suppression brutale de toutes les règles de fonctionnement budgétaire jusque là taboues : Ursula von der Layen, présidente allemande de la Commission européenne, vient de décréter la suspension des règles de discipline budgétaire de l’UE ;
  • effondrement politique avec les comportements autoritaires erratiques de gouvernants dépassés : une première depuis la sinistre expérience Pétain, le président Macron s’apprête à se faire accorder les pleins pouvoirs au nom de l’état d’urgence sanitaire (« nous sommes en guerre ») ;
  • effondrement social : les quelques protections qui demeuraient encore vont être “momentanément” suspendues, toujours au nom de l’urgence sanitaire, mais surtout de l’urgence économique après l’arrêt de la machine pour cause de confinement ;
  • effondrement moral touchant, notons-le, surtout les classes aisées – “l’exode” des citadins parisiens vers leurs résidences secondaires de province – et les classes dominantes qui, pressentant la catastrophe pour leur système, se mettent à prendre dans la panique des décisions totalement contradictoires : un jour confinement, le lendemain tout le monde au boulot pour sauver coûte que coûte l’économie en perdition…

On notera encore que les puissances asiatiques (Chine, Corée du sud, Japon…) ou encore russe semblent bien mieux résister à la déferlante dévastatrice que le vieux monde occidental, erratique et essoufflé.

Un providentiel « basculement culturel » pour de nouveaux horizons

« C’est le début d’une déstabilisation en cours, il n’y aura pas d’après », déclare Dominique Bourg dans son interview au site 20 Minutes. Cette dislocation systémique planétaire ne surprendra et ne déstabilisera que ceux qui, en dépit de tous les signes annonciateurs, continuaient à se persuader de la pérennité de leur modèle… ou de leur pouvoir pour ceux qui croyaient encore en avoir un.

Le vieux monde est mort, c’est entendu. En route vers le nouveau monde… mais lequel ? Difficile encore de l’entrevoir – et nul doute que le passage sera un brin chaotique – mais Dominique Bourg fait état d’un providentiel « basculement culturel » qui n’avait pas eu lieu en 2007/2008. Selon une étude récente de l’institut Jean-Jaurès, 65% des Français seraient persuadés que « la civilisation telle que nous la connaissons actuellement va s’effondrer dans les années à venir ». Assertion corroborée par un sondage Odoxa dans lequel 55% des Français interrogés se déclarent favorables à la décroissance, contre 45% seulement en faveur de la croissance verte par laquelle le capitalisme pense sauver sa peau.

Alors, salutaire cette épidémie de coronavirus ? J’avais émis le souhait, dans un précédent billet de yetiblog, que le Covid-19 soit l’arme de destruction massive du système capitaliste pour que les sociétés humaines puissent enfin envisager d’autres horizons moins salopés. Nous ne savons pas encore de quoi sera fait le monde d’après, mais peut-il être plus calamiteux ? Dominique Bourg ne dit pas autre chose :

« Oui je pense que Covid-19 est salutaire. Il nous contraint à revenir sur les fondamentaux, à comprendre qu’on est en train de changer d’époque, et qu’on ne peut pas continuer nos modes de vie. S’il y a vraiment quelque chose qui met un coup d’arrêt à l’idéologie du progrès, c’est ce qu’il se passe aujourd’hui. On n’est pas du tout dans la notion de progrès, le temps accumulation, c’est fini. »

=> Lire l’interview complète de Dominique Bourg dans 20 minutes
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Illustration : “L’amour au temps du coronavirus” peint sur un mur d’Ivry par le street-artiste C215 (extrait).

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.