Bob Solo, plein la gueule : la tempête fait rage, les vents hurlent…

Bob Solo, plein la gueule : la tempête fait rage, les vents hurlent…

… La tempête fait rage, les vents hurlent, les rafales cisaillent des vagues monstrueuses, l’océan est déchaîné, la foudre frappe, aveugle et aveuglante, le vacarme est insupportable, on n’y voit pas à dix mètres, on ne sait si c’est la nuit qui crie et nous enferme ou les ténèbres infernales venues engloutir le monde. Pourtant, là, embarqué sur frêle esquif, au milieu de ce chaos, sombre, glacial et déchirant, il faut quand-même tenir la barre.

Pourquoi le faudrait-il ? Il y a bien longtemps qu’on ne se pose plus la question, on y a répondu une bonne fois et basta. Alors on tient. Et le cap ? Nul besoin de cap, on sait bien qu’on arrive tous un jour à bon port, l’unique port où vont tous les bateaux des vivants. Qu’importe donc. C’est la route qui compte, la voie qu’on s’ouvre, le chemin qu’on se trace, pas la trace dans l’eau qu’on laisse et qui bien entendu disparaitra, tôt ou tard, que personne ne verra ou que d’autres suivront, que l’on ne connaitra jamais, alors faut-il tellement s’en soucier ?

Ni plus ni moins. C’est devant que ça se passe. Pour l’heure, avance, navigue à vue, pagaie si besoin, ignore le sel qui brûle et le froid qui mord, hurle à ton tour dans la nuit pluvieuse et craquante d’orage, hurle un rire féroce et crache au ciel, et chante si ça te chante, fais toi poète, capitaine, pirate, philosophe, et tangue et roule et tiens bon, pas d’étoile ni de phare, et pas d’oiseau de mer pour guider la barcasse mais allons ne reste pas sur place, et d’ailleurs comment le pourrais-tu ?

Tout t’emporte et t’embarque, te gifle, te pousse et te secoue, les courants, le vent, la vie, alors file, et reste en éveil, regarde, là-bas les haut-fonds, il ne faut pas, pas par là, tous les écueils à éviter, tu sais bien, les illusions et les faux-semblants, le désespoir et l’optimisme idiot, le déni, le découragement, le cynisme, l’atroce orgueil de ne jamais vouloir se déjuger, les hydres et les abysses, tu sais bien. Le temps se calmera t-il ? Tu n’en sais rien, tu n’attends pas, tu avances, il doit bien y avoir au fond de chaque être une boussole intime, un compas à soi, dans ton cœur, qui sait, qui nous fait éviter le naufrage, jusqu’à la prochaine fois. Suis cela, bois un coup, vogue et courage…

Autodidacte en tout, café-théâtre, chanson française (auteur-compositeur-interprète), sculpture, photo, écriture, et même agriculture, en rupture de ban avec "le système", je me cantonne désormais à produire de la pensée et de l'émotion. Je n'attends pas de jours meilleurs (ils seront pires) mais j'en fabrique comme je peux...