Relégation : Les homos passent le flambeau aux bicots et moricauds

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Et si on décidait de foutre la paix aux youpins, aux bicots et aux cathos comme on essaie maintenant de foutre la paix aux tantouzes et aux gouines ?

Amsterdam, NEMO, un musée des sciences et des technologies destiné aux enfants. On arrive dans un atelier où les gamins démontent des appareils pour en utiliser les composants électroniques dans la création de figurines-robots.

Vue plongeante sur une table. Un garçon à kippa, assisté de son père à kippa, est absorbé par une délicate opération au tournevis. À côté d’eux, une gamine cogne sur un appareil qu’elle peine à démonter. Sa mère, coiffée d’un foulard que s’il n’est pas islamique c’est rudement bien imité, lui montre avec patience comment procéder sans s’énerver. Face à eux, un gosse dont le père quintal-sup porte un T-shirt king size de la Coalition séculière pour l’Amérique. « Fier d’être incroyant » dit en substance le T-shirt. Tu me pardonneras d’avoir oublié la formulation exacte qui était rigolote.

On s’installe à cette table. Et pendant une grosse demi-heure les tournevis plats, cruciformes et marguerites de diverses dimensions, les clés et pinces passent de mains en mains. Le père à kippa montre comment débloquer un tout petit écrou oxydé — le bon vieux principe du levier — à la fille de la dame à foulard sous les regards très intéressés du petit d’athée ostentatoire et de Partageux junior.

À côté de nous des parents avec des enfants autour des autres tables. Tous passent un bon moment dans une ambiance décontractée. Chacun est libre d’être ce qu’il est, libre de montrer ce qu’il est, et chacun respecte la liberté de l’autre.

Verbe « être » : Personne ne se préoccupe de ce qu’est l’autre. Verbe « faire » : Tous les parents font la même chose. Aider les gosses à démonter, dévisser, déboulonner. Enclencher l’imagination au bout des petits doigts maladroits.

On nous les casse avec le verbe « être » et les verbes d’état : les valeurs, les loupiotes (« Lumières » en langage hyperbolique) et la Rrrépublique. Tandis que les mauvais esprits pensent au verbe « faire » et aux verbes d’action : bombarder, tuer avec des drones, piller, ruiner, ravager, affamer les pays exotiques. Et puis aussi humilier nos bicots et nos négros, humilier nos jeunots et nos clodos, humilier nos sept millions de chômeurs et nos dix-sept millions d’invisibles.

« J’habite un quartier où l’on ne voit plus dans les rues que des gens portant une kippa ou encore des grands chapeaux noirs et autres breloques. Il y a aussi des gens qui portent des voiles, des grandes barbes, des gandouras. »

Le signataire de ces lignes, c’est un brave gars. Pas un de ces Ostrogoths qui déversent chaque jour leur vomi dans les égouts numériques. Nous partageons nombre d’idées, de questions et de doutes. Alors ça me navre d’être en désaccord avec lui. En désaccord total. Mais pourquoi diable mettre de l’huile sur le feu, même juste une goutte première pression à froid, en ces temps où la haine vient si vite ?

J’habite tout près de la grande mosquée. Des barbes, des djellabas, des gandouras et des boubous, des couvre-chefs dont je ne sais le nom, j’en vois un paquet chaque vendredi. Et alors ? L’athée que je suis s’en fiche éperdument et laisse chacun libre de ses choix. Ou non-choix.

Il fut un temps, si peu lointain que je m’en souviens, où les homos avaient intérêt à se cacher avec soin s’ils voulaient vivre en paix. Ou même s’ils voulaient simplement vivre. Dans la ville où j’étais lycéen, à la Libération, un jeune résistant a été exécuté par ses compagnons de la Résistance. Une balle dans la tête. On avait découvert qu’il était homo et cela salissait la Résistance. Il a été tué pour ce qu’il était. Quand on l’aurait volontiers décoré pour ce qu’il faisait.

Même si tout n’est pas parfait pour eux, la fin des préjugés n’est pas pour demain, les homos ont pu « sortir du placard ». Ça ne t’emmerde pas de contribuer à mettre de nouveaux parias dans le « placard » resté vacant ?


« Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou / D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel / Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux. » Jean Ferrat chante « Nuit et brouillard ».

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.