Un éléphant blanc pour le jumelage de Notre-Dame-des-Landes

Photo : NDDL.sept.2013.Jpg

La Loire-Atlantique est invitée à un référendum sur la création d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes le 26 juin. Contribution au débat.

« Au début des années 1960, les responsables économiques décident de développer un véritable aéroport, de manière à faciliter les relations d’affaires […] mais il faut attendre le début des années 1970, pour qu’un projet solide voit le jour, alors qu’un tel service existe depuis des années dans les trois autres chefs-lieux de département […] »

Tu connais la chanson. Vous êtes rétrogrades ! Le chantre de la modernitude oublie de préciser qu’avec dix zaéroports autour et dans le département, pas un seul citoyen n’est à plus d’une grosse demi-heure heure de l’un d’eux.

« Cette lenteur a certainement favorisé l’importance de l’opposition à sa réalisation […] »

Ce n’est pas son inutilité, son coût pharaonique et la destruction de terres agricoles…

« Les opposants […] brandissent une argumentation […] qui ne paraît guère convaincante : l’aérodrome ne bénéficiera qu’à un petit nombre de privilégiés, de patrons, et non à la masse des habitants […] »

Mézenfin toi aussi, tu prends l’avion tous les matins pour aller pointer à l’usine, au bureau ou à Pôle-Emploi.

« […] il manque une vision réaliste des choses, une compréhension des réalités économiques du monde actuel, de la hiérarchie des urgences économiques. »

Le chantre de la modernitude n’a pas de mots assez durs pour flétrir les opposants à cet aéroport et les braves gens qui n’entonnent pas la chanson du progrès. Tiens, je te remets quelques louches de sa touchante compréhension de ceux qui ne pensent pas comme lui.

« […] cette lenteur dans la prise de conscience […] ce repli frileux sur soi, sur ses habitudes, sur ses intérêts particuliers à courte vue […] une insuffisance de dynamisme économiquement suicidaire […] son insuffisance d’ouverture d’esprit à ce qui se passe autour de lui […] »

Tu ne l’as peut-être pas deviné mais il n’est pas question de Notre-Dame-des-Landes et cela n’a pas été écrit voici peu mais en 1986 à propos de l’aéroport de Brie-Champniers près d’Angoulême en Charente. Qu’est devenu cet aéroport dont les mécréants doutaient fort qu’il allait « accroître les atouts de l’agglomération » ?

Ouverture en 1984. Vols réguliers vers Paris et Lyon. Puis la SNCF supprime les passages à niveaux de la ligne Paris-Bordeaux, c’était prévu de longue date, et les vols réguliers vers Paris se font bouffer derechef par le train. Reste la destination Lyon. Le contribuable paie le déficit d’exploitation. Puis la compagnie aérienne bat de l’aile et cesse son activité à Angoulême. Le contribuable paie le maintien en survie de l’aéroport.

Après des années d’attente on finit par appâter Ryanair, compagnie aérienne à bas coût. Qui obtient un million et demi d’euros de travaux. Financés par le contribuable. Et huit cent mille euros d’aides marketing. Payés par le contribuable. Mais c’est pas assez et, après quelque temps d’exploitation, Ryanair demande cent cinquante mille euros de plus. Le Conseil général de la Charente trouve que ça commence à faire beaucoup et refuse. Ryanair, fâché, part sans prévenir. Le contribuable, bon enfant, paie l’entretien d’un aéroport qui sert aux corbeaux et parfois à quelques planeurs.

Les années passent… On trouve une compagnie à bas coût qui devait ouvrir une ligne en 2013 pendant la saison touristique. C’est tombé à l’eau. Le contribuable devait pourtant payer les aides marketing demandées. Et l’entretien de l’aéroport.

Tu me diras que plaie d’argent n’est pas mortelle. Surtout si ça développe l’économie et que ça stimule la croissance. Aie ! Ouille ! Ouh, là aussi docteur, ça fait mal ! L’aéroport a été bâti pour des entreprises pleines d’avenir, porteuses de croissance et pourvoyeuses d’emploi… aujourd’hui toutes défuntes après avoir défrayé la chronique sociale par leurs licenciements massifs. Elles n’ont pas été remplacées par de prometteuses jeunes pousses.

Mai 2016. Mon interlocuteur est offusqué de m’entendre dire que l’aéroport de Brie-Champniers ne sert à rien. Il proteste : il y a un vol par semaine ! Et un vol, ce n’est pas rien ! De plus une petite école de pilotage d’hélicoptère utilise vingt mètres sur les 1,8 kilomètres de piste. Ce n’est pas rien.

Le jour où l’on décidera de fermer Brie-Champniers — et ça viendra car la planète entière se demande ce que la France peut bien foutre de cent cinquante aéroports ! — le contribuable paiera encore parce que le terrassement pour en refaire des terres à blé ne sera pas gratuit.

Source : Caractères structurels et spatiaux de l’industrie dans l’agglomération d’Angoulême — Le cadre de vie, l’espace et l’homme —, Jean Comby docteur en géographie, Norois 1986.

Autre source (plus sérieuse) : un argumentaire concis, une page de liens et une version collective de la chanson des djihadistes verts de Notre-Dame des bêtes à béton.


La chanson, c’est « Notre-Dame des oiseaux de fer » dans la version originale du Hamon-Martin Quintet.

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