La punchline ou l’art purement oratoire du défoulement sans conséquence

Un art est apparu qui est à la mesure de l’effondrement général de notre société et de notre impuissance à l’enrayer : la punchline, en français la “phrase-choc”, celle qui est censée terrasser votre adversaire, mettre les rieurs de votre côté. Du moins verbalement.

Et tout est dans ce “verbalement” qui marque les limites de l’exercice. Jadis, sur les bateaux où les conditions de travail étaient d’une épouvantable dureté, le capitaine organisait de temps à autre ce qu’on appelait alors un charivari. Lors de ce rituel défoulatoire, l’équipage pouvait insulter son maître à bord, conspuer sa femme, moquer ses travers. Mais au claquement du doigt de ce dernier, le charivari cessait instantanément et chacun retournait à son poste comme si de rien n’était.

Aujourd’hui, le charivari devenu punchline est le fait des opposants patentés, ou alors, en face, de la meute qui, bien planquée derrière ses maîtres, glapit ses aigreurs contre tout ce qui apparaît comme minorités. Aveu d’impuissance admise dans le premier cas, de soumission servile à l’autorité dans le second.

Les punchliners admettent d’ailleurs bien volontiers leur impuissance. Dans une adresse incendiaire publiée dans Libération après la pitoyable cérémonie des Césars, Virginie Despentes l’exprime dès le titre :

« Désormais on se lève et on se barre. »

Le punchliner Cyrano de Bergerac n’hésitait pas à joindre l’épée à ses phrases-chocs

Se barrer, mais où, comment et pourquoi ? L’important, au contraire, n’est-il pas aujourd’hui de se réapproprier des places occupées par des imposteurs ? Trop souvent, tels des centrales syndicales limitant leurs “grèves illimitées” à des séances de 24 heures, les punchliners assortissent leurs phrases-chocs de telles précautions et limites convenues qu’elles en deviennent stériles et inopérantes :

« Vous autres, les gens, descendez dans la rue, suivez les syndicats, et surtout, aucune violence, car le pouvoir n’attend que ça » (Jean-Luc Mélenchon, France Inter)

Croit-on vraiment que c’est uniquement avec des punchlines sans conséquences et des « rassemblements pacifiques«  (Adrien Quatennens) que l’on va terrasser les 49.3 de la macronie ? On ne demande pas aux responsables politiques de l’opposition d’appeler ouvertement à la lutte armée (comme le fit pourtant jadis un certain Mandela), mais enfin, qu’ils laissent au moins à l’acteur désormais principal, le peuple, le choix de ses armes ! Un célèbre punchliner de l’époque, Cyrano de Bergerac, n’hésitait pas, lui, à joindre l’épée à ses phrases-chocs :

« Décidément… c’est au bedon,
Qu’à la fin de l’envoi, je touche. »


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