Claude Nougaro chante « La pluie fait des claquettes »

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Chaque lundi, pour bien commencer la semaine, on s’en remet une de derrière les fagots tout droit dans les oreilles. C’est le Nougaro du lundi.

Années soixante. On entend souvent Claude Nougaro à la radio. Et Nougaro, c’est le chanteur qui fait claquer des doigts, qui fait chalouper les corps avec une grâce aérienne. Quatre boules de cuir ? Non. Nougaro est l’unique boxeur dans sa catégorie. Ses contemporains chanteurs ont plutôt un cul de plomb et même nos yéyés ont les jambes raides à côté de Nougaro.

« Bon, avec ta série sur Nougaro, ça fait déjà quelque temps que, sans le savoir, tu me cherches. J’essaie de résister, de résister… mais non, non, vraiment non, je n’y parviens pas, faut que j’y mette mon grain de sel. » Alors mon aimable correspondant se lance dans la narration de souvenirs qui mêlent sa vie aux musiciens qui traînaient leurs binious dans les basques de Nougaro.

« […] Pourquoi je te dis tout ça ? Je n’en sais trop rien. Juste des réminiscences d’un passé encore chaud qui remonte en surface, inexorable. » C’est la puissance d’évocation des chansons. Qui souvent marquent bien plus nos vies que les grandes œuvres des arts majeurs. L’année X, c’est l’année de telle chanson bien plus que l’année d’une œuvre de Picasso, de Chostakovitch ou de Le Corbusier. La chanson prend ici sa revanche sur les arts majeurs.

Tiens, j’y vais moi aussi d’une petite tranche de vie. C’est encore la nuit de l’hiver dans la voiture qui nous conduit vers le lycée. L’eau sur les vitres déforme les lumières jaunes et rouges des voitures. La radio dans la voiture passe La pluie fait des claquettes.

Michel, le gars qui nous conduit. Banane et blouson de cuir, inconditionnel d’Eddie Cochran et Gene Vincent. Patrick, le copain de bahut, lui, est un amateur de Gun, un power trio connu, à l’époque, pour Race With the Devil. Martine et Danièle, les filles de la voiturée, c’est Leny Escudero et Barbara. Tout ce monde écoute Nougaro religieusement.

C’est Cochran qui rompt le silence tandis que l’animateur de la radio se met à causer.  « Putain con, Nougaro, c’est pas du rock n’ roll mais il a un sens du rythme pas ordinaire ! » Patrick Gun approuve bruyamment tandis que les filles font une infidélité à leurs passions habituelles.

Patrick est mort à cinquante ans. De battre son cœur trop fatigué s’est arrêté. Et c’est à La pluie fait des claquettes, dans la nuit mouillée d’un lundi matin, que j’ai songé en apprenant sa mort.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.