Disparition de la vie sauvage : « Dis maman, c’était quoi, un papillon ? »

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Fabrice Nicolino, journaliste spécialisé en écologie, lance une enquête de grande ampleur sur la disparition de la nature et fait appel à tous les témoignages fiables.

Laissons de côté les légendes urbaines pour ne citer que les cas avérés que nous constatons dans notre coin de ville ou de campagne. Chacun peut et doit apporter sa  contribution.

[…] une enquête au long cours. Sur un événement cataclysmique dont à peu près personne ne semble avoir la moindre conscience. Je veux parler de la disparition de la simple nature chez nous, en France.

Nous n’allons pas ici chipoter sur les chiffres qui, de toute manière, resteront indicatifs. On estime que la moitié des oiseaux qui habitaient à un moment ou un autre chez nous au cours d’une année ont disparu. Depuis à peu près 1960. Que nous avons perdu environ la moitié de nos si chers papillons en seulement trente ans. Je vous fais grâce des amphibiens, des abeilles, des lucioles, des coquelicots, des saumons, de tant d’autres merveilles jadis omniprésentes dans la moindre campagne.

Ce qui nous manque, c’est le regard susceptible d’embrasser l’ensemble […]

Et c’est bien pour cela qu’il sollicite toutes les bonnes volontés. La vie sauvage disparaît. À toute vibure. Je te donne des exemples tout simples pour t’inciter à faire ainsi part de ce que tu as remarqué chez toi.

Quand j’étais gosse des dizaines de sauterelles prenaient la fuite à chacun de nos pas. Quand les moissons ont commencé à remplacer les sacs par le vrac des remorques, les tas de céréales étaient mouvants tant les sauterelles y étaient nombreuses. Petites et grises. Ou grandes et d’un vert émeraude magnifique avec des formes aérodynamiques fuselées par les meilleurs designers. Puis les pesticides sont arrivés dans ma campagne et voilà bien trois décennies que je n’ai pas vu une nuée de sauterelles. Au point de finir par douter de mes souvenirs d’enfance. L’été dernier je me baladais au milieu du Larzac, bien loin de toute culture industrialisée, et j’ai revu ces nuées de sauterelles qui fuyaient nos pas durant mon enfance.

Quand j’étais gosse je cueillais au printemps des brassées de fritillaires pintaques (une bulbeuse dont la fleur ressemble à une tulipe à damiers) qu’on trouvait à profusion dans les prés mouillés autour de chez moi. On y trouvait aussi les colchiques à l’automne. Après drainage le maïs et les céréales ont remplacé les prairies à fritillaires et à colchiques.

Quand j’étais gosse les moissons étaient fleuries en abondance. Connais-tu le joli mot messicoles ? Toutes ces plantes qui accompagnaient les moissons. Le coquelicot le disputait au bleuet. Il est devenu si rare de voir une nielle qu’on ne trouve plus guère que les botanistes pour connaître encore le nom de cette plante cosmopolite.

Quand j’étais gosse une seule virée entre chien et loup imposait de laver un pare-brise maculé de bestioles écrabouillées. Aujourd’hui laver ma voiture une fois l’an est suffisant et elle présente bien plus de restes d’hydrocarbures que de moustiques et papillons.

Dans mon message à Fabrice Nicolino, je serai plus précis avec lieux, communes et départements, et dates de toutes mes observations.


Photo glanée sur Cailloux dans l’brouill’art.

Georges Brassens chante une « Chasse aux papillons » qui ne détruit pas le moindre écosystème.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.