La loi El Khomri, on s’en fout, c’est de tout leur monde pourri dont on ne veut pas

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Pas de demi-mesure face à l’affaissement moral de nos élites pourries. Il nous faut tout simplement abolir leur monarchie. Non, sire Président, ce n’est pas une révolte, c’est une révolution !

Dans sa chanson Mais elle restait chez elle (Elle disait) Tom Novembre peint une petite tranche de vie. « Elle voulait tout quitter / Sans un mot tout laisser / Derrière elle pour changer / Partir près du soleil / Et loin des gens du nord / Loin des cités grisaille / Sortir du corridor. » Petite vie étriquée. Absence d’espoir. Absence de sens. Absence d’un dessein qui nous dépasserait. Mais aussi incapacité à exprimer ce besoin. Alors, avec de pauvres mots, trouver des expédients, ici le départ et le soleil. Face à ce vide intersidéral sidérant désespérant, une fuite qui revêt une forme ou une autre.

L’affaissement moral de nos élites

Incapables d’être à la hauteur. À l’image du pétainisme en 1940. Hier l’abominable « statut des juifs ». Aujourd’hui la chasse aux musulmanes à foulard. La chasse aux Rroms. La chasse aux réfugiés. La chasse aux étrangers. La chasse aux miséreux. La chasse aux jeunes. Et la gauche de gauche qui n’est pas à la hauteur du refus frontal qu’elle devrait opposer quand elle ne vote pas la loi de Pétain pour pourchasser les juifs, pardon, les musulmanes.

Nos élites. Qui tordent les lèvres quand la Confédération paysanne démonte un MacDo. Qui tordent les lèvres quand des zadistes occupent un site pour empêcher sa destruction. Qui tordent les lèvres quand Sea Sepherd sabote des bateaux baleiniers pour sauver des baleines. Qui envoient les flics tabasser quand des étudiants remuent.

Incapables de proposer la moindre chose un peu exaltante. L’oubli de Nikos Kazantzaki dans Alexis Zorba « La seule façon de te sauver toi-même c’est de lutter pour sauver les autres ». Adopter de grands desseins exaltants qui nous grandissent. On ne peut pourtant pas dire qu’il n’y ait rien à faire entre la catastrophe écologique globale qui arrive au pas de charge et la formidable régression sociale que nous vivons.

Les ceusses qui veulent abolir la monarchie

Plus enthousiasmant que le rejet de la loi El Khomri. Plus enthousiasmant qu’une macronnerie :  « Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires. » Plus enthousiasmant que l’augmentation du pouvoir d’achat. Cette loi El Khomri, on s’en fout, c’est tout leur monde de merde dont on ne veut pas. Et on est très nombreux à se sentir trop seuls.

  • Les valeureux zadistes qui tiennent Notre-Dame-des-Landes depuis des lustres. 
  • Les jeunes #OnVautMieuxQueCa qui ont enflammé la toile.
  • Les intellos qui ne somnolent pas dans leur fauteuil : Jorion, Lordon, Sapir… avec bien sûr le vieil Edgar Morin et ceux que j’oublie.
  • Les lycéens et étudiants qui manifestent malgré les coups des Robocops d’un pouvoir aux abois.
  • Fakir qui organise toute une nuit debout après la journée du 31 mars.
  • Ceux qui défendent Madame Gueffar, modeste employée, licenciée par un patron de droit divin.
  • Tous ceux qui mettent les mains dans le cambouis et aident des réfugiés, des sans logis, des délaissés.
  • Et la foule de tous ces anonymes qui font leur part dans leur coin.

Quitte à abandonner, de gré avec une révolution, ou de force avec l’effondrement du système, la petite vie étriquée dépeinte par Tom Novembre, autant rechercher d’autres horizons. Bread and roses ! Nous voulons du pain et des roses.


Photo Marc Riboud, 1967, manifestation américaine contre la guerre au Viêt-Nam.

Chanson : Tom Novembre, Elle disait.

A propos de Pierrick Tillet 3648 Articles
Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.