L’Appel de Calais : « Nous reconnaissons notre échec mais c’est votre défaite qui s’annonce »

Bienvenue-en-enfer.jpgBienvenue en enfer !

Octobre 2015. L’Appel de Calais demandait au gouvernement des conditions de vie décentes pour les réfugiés vivant dans le Calaisis. Aujourd’hui, ses initiateurs reconnaissent leur échec… face à la surdité des autorités politiques.

En son temps, cet appel avait alors été critiqué. D’aucuns lui reprochaient des termes trop timides en regard des conditions catastrophiques dans lesquelles vivaient des milliers de réfugiés. Le mot bobo a été lâché. Mais il faut rappeler qu’on ne crache pas sur les gens avec qui l’on souhaite négocier… Et le but de l’Appel de Calais était d’obtenir au minimum des camps aux normes internationales, un service d’aide juridique et la prise en charge des mineurs isolés.

Lundi 7 mars 2016 continue la destruction méthodique de la jungle de Calais sans solution de repli pour les délogés. Lundi 7 mars commence le déménagement du camp de Grande Synthe. Les réfugiés ne vont pas regretter le cloaque dans lequel ils survivaient. Le nouveau camp, créé à l’initiative de la mairie, est co-financé par Médecins sans Frontières. L’État, non seulement n’y apporte pas un euro, mais a longtemps refusé sa création. À Calais le service d’aide juridique n’existe que par la volonté militante. Les mineurs isolés ? Le gouvernement n’a toujours rien fait. Contrairement à ses obligations légales.

Les initiateurs de l’Appel de Calais publient une lettre. Cette fois-ci nul ne leur reprochera un excès de diplomatie.

« Force est donc de constater que l’Appel de Calais a échoué. Nous cherchions à nous faire entendre de vous et vous êtes restés sourds. Pire, vous avez employé la force. L’échec est complet. Mais la reconnaissance de notre échec est aussi un acte de rupture.

Car en refusant de nous entendre, monsieur le président de la République, monsieur le Premier ministre, monsieur le ministre de l’Intérieur, c’est vous qui nous avez perdus. Pour 2017 d’abord, puisque cette échéance semble être au cœur de toutes vos décisions. Vous nous avez perdus en transformant la situation calaisienne en enjeu national, là où il aurait été possible d’améliorer pragmatiquement la vie de tous ceux qui vivent sur place, migrants et calaisiens, en écoutant leurs expertises et celles des associations de terrain. Vous nous avez perdus en ne saisissant pas cette opportunité de renouer avec les valeurs humanistes et universalistes qui fondent notre République. Vous nous avez perdus avec le discours indécent de Manuel Valls à Munich contre la politique d’Angela Merkel qui sauve pourtant l’Europe du déshonneur. Vous nous avez perdus parce que vous avez menti et que vous avez usé de violence à l’encontre de ceux qui la fuient. Vous nous avez perdus alors même que sur les questions nationales vous trahissez, chaque jour un peu plus, les idéaux d’égalité et de justice sociale qui sont ceux de la gauche.

Aujourd’hui nous reconnaissons notre échec mais c’est votre défaite qui s’annonce. Notre engagement, quant à lui, n’en est que renforcé. »

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« Ignorant les dangers / Esquivant les patrouilles / Nous étions une vingtaine / Nous étions impatients / Nous étions tous vivants / Vivants et morts de trouille / Je pensais que prendre la mer / N’était pas l’épouser / Je pensais que quitter la terre / C’était pour mieux la retrouver. » Général Alcazar chante Outsiders.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.