#MerciPatron : un polar désopilant

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Autocritique. Oui, avouons-le, Partageux appartient à la classe privilégiée. En effet j’ai vu Merci patron ! lors d’une avant-première. Devant la salle de cinéma on a commencé par une file d’attente comme devant les épiceries aux plus beaux jours de pénurie de 1942. On était pourtant arrivés avec une grosse demi-heure d’avance…

Le film ? Il raconte une histoire vraie, celle d’un couple victime d’un double licenciement par Bernard Arnault. Leur usine, qui fabrique les costumes Kenzo, a été délocalisée en Pologne. De Pologne, elle est passée en Bulgarie. Et on projette maintenant de la déménager en Grèce.

Depuis le temps qu’il est au chômage, le couple a épuisé tous ses droits sociaux. Au début, on éprouve parfois de la gêne au spectacle de cette misère sans fard.  « Mais comment faites-vous pour manger avec trois euros par jour ? Ben, on mange pas ! Pardon ? On mange pas ! » On a fêté Noël avec une tartine de Vache qui rit. La maison n’est pas chauffée. Au cours du tournage, le réalisateur apprend qu’elle va être saisie par un huissier.

C’est l’un des premiers rebondissements et le film ne va pas en manquer. Comme dans un bon polar. Mais dans Merci patron ! tous les rebondissements sont vrais. Le réalisateur n’a pas écrit le scénario bien qu’il interfère dans le cours des événements avec la jovialité contagieuse d’un troupeau d’éléphants ivres dans le musée d’art contemporain de Bernard Arnault.

Avec Merci patron ! on se fend la gueule. François Ruffin recevant son député (un socialiste comme je les aime) dans un bar interlope coiffé d’un sombrero d’un mètre de diamètre. L’enregistrement faussement pirate d’une fausse conjuration ouvrière où la Compagnie Jolie môme tient tous les rôles en projetant la bordelisation de l’assemblée des actionnaires de LVMH. Le barbecue dans le jardin pour fêter le premier succès du complot fakirien-cégétiste. Parce que c’est un « film d’action directe » comme l’écrit Frédéric Lordon dans le Monde diplomatique de février.

Bande-annonce du film Merci patron !

On éprouve une jubilation si intense qu’on se pince parfois pour vérifier qu’on ne rêve pas. Des gens applaudissaient pendant le film, oui, comme tu applaudis quand Siegfried Kessler (flûte) termine son solo et passe la main à Didier Levallet (contrebasse). On ne va pas tout te raconter, faut aller voir le film, mais c’est une jouissance sans pareille de voir Bernard Arnault se faire arnaquer avec le copié-collé de ses méthodes.

Voilà une œuvre très éloignée des convenances militantes. Le thème des délocalisations ne t’inspire plus guère que de l’ennui car tu as déjà beaucoup donné ? Tu peux y amener ta voisine qui ne connaît pas le mot syndicat, ta cousine qui n’a jamais manifesté et ton neveu qui ne fait pas de politique. Ce n’est pas un cornichon aigre pour militants rances mais un polar désopilant, un documentaire rythmé, un thriller époustouflant, qui s’adresse à tout le monde et son père. À ne rater sous aucun prétexte.


« Quand les gibus y chang’ront d’têtes / Quand les bagouses elles chang’ront d’doigts / Quand l’homard y chang’ra d’fourchettes / Les employés, on s’ra les rois / Y faudra plus nous négliger / C’est nous qu’on s’ra les pédégés » Quand les cigares, une chanson de Raoul de Godewarsvelde (1967) chantée par Loïc Lantoine. C’est la chanson du film. Texte complet ici.

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