Monument en l’honneur de Rob Lawrie

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Rob Lawrie est l’un de ces nombreux bénévoles anglais qui viennent donner un coup de main à Calais.

La boue, le froid, l’humidité, la faim. Comme tous ceux qui viennent dans les jungles de Calais ou de Grande Synthe, ce qu’il voit lui retourne les tripes.

Comme ce lecteur du Guardian qui se définit comme un homme ordinaire. Venu à Calais pour aider après avoir été touché par l’image du petit Aylan noyé sur une plage. « La seule raison si des milliers de gens ne meurent pas de faim ou de froid à seulement 36 kilomètres des côtes du Kent, c’est à cause des bénévoles — respectables, ordinaires bénévoles qui ne supportent pas ça et ne laissent pas les gens souffrir — des gens qui ne sont pas représentés par ce gouvernement. Et c’est pour cette raison que nous allons nous aussi revenir dans la Jungle l’année prochaine. Je ne peux pas rester à l’écart. »

En anglais encore cet autre témoignage : « Je rencontre Hossam, un garçon égyptien de 11 ans. Il n’a pas de famille dans le camp et personne ne s’occupe de lui. Il a sa propre petite tente dont il est apparemment très fier. Des bénévoles lui prennent un souper dans un restaurant de fortune afghan. Le repas quotidien servi par l’organisation charitable financée par le gouvernement est servi entre 17 et 20 heures mais faire la queue commence à 13 heures. Prendre une assiette en carton de poulet-frites à trois euros pour Hossam assure qu’aujourd’hui il sera rassasié. »

Contrairement à ce que l’on entend parfois, l’État français dépense beaucoup d’argent à Calais. De très nombreux policiers bien dotés en matériel. Et sachant en faire usage sans souci d’économie comme le dit une association calaisienne. « Nous avons pu constater les lésions oculaires occasionnées par les brûlures de gaz lacrymogène sur un enfant de 15 mois, suite à l’usage qui est fait de ces bombes par les CRS… »

Une Russe s’est rendue à Calais à l’occasion de Noël. Elle a été traduite en français. « Tous les policiers portent des masques. C’est à cause de vous que ce policier blanc porte un masque. Il croit qu’avec toutes vos maladies, vous allez perturber la petite vie tranquille des Européens. Sans avoir posé la moindre question, il a déjà décidé que vous êtes dangereux. Aucune des écoles du coin ne voudra de vos enfants. »

« De l’autre côté, des ados égyptiens, avec Josette, aide-soignante, et son mari, infirmier, tous deux retraités. « Ils étaient dans le squat de la rue Blériot, sans eau, sans électricité, sans toilettes. C’était nos voisins depuis dix-huit mois, raconte la Calaisienne. Ça fait quelque chose de les voir partir. Ils nous appellent maman et papa. Le plus jeune avait 8 ans, tout seul. » La première fois, ils ont toqué à sa porte pour de l’eau, puis encore « dès qu’il y avait un petit bobo ». Ils montent des tentes, plantent des pieux, ratissent. « On viendra les voir », promet Josette. » C’est un article dans Libération.

Rob Lawrie découvre cet immense bidonville où vivent près de deux cents gamins. Il a le sens de la communication, fait la collecte en Grande-Bretagne, revient voiture pleine à craquer à plusieurs reprises dans la jungle. Il sympathise avec un père afghan et sa fillette de quatre ans et finit par fondre devant les demandes du père. Il accepte de la conduire dans sa famille en Angleterre. Il se fait prendre. Pour avoir tenté de soustraire une gamine à la boue, au froid, à l’humidité, à la faim, il risque cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende. Il est jugé au tribunal de Boulogne-sur-Mer le 14 janvier 2016.

Feu le curé de ma campagne natale a délivré durant la guerre des certificats de baptême à quantité de gens sans se demander s’ils avaient une gueule bien catholique. Une célébrité de la Résistance l’a interrogé :

— Combien en avez-vous fait, de ces certificats de baptême ?

— Je n’en sais rien. Je n’ai jamais tenu la moindre comptabilité, mais ce que je peux vous dire, c’est que je n’en ai jamais refusé un seul.

Le curé de ma campagne, on ne l’a pas traîné en Justice pour faux en écritures. Et de l’immédiat après-guerre jusqu’à son départ en maison de retraite vers 1985, ses paroissiens ont vu défiler chaque été des familles de « Parisiens » qui venaient remercier le curé. Sais-tu ? Année après année quantité de familles viendront remercier Rob Lawrie.


« Serre-moi la main camarade / Je te dis au revoir, je te dis à bientôt / Bientôt bientôt on pourra se parler camarade  / Bientôt bientôt on pourra s’embrasser camarade »  Claude Nougaro chante Bidonville de Vinicius de Moraes et Baden Powell.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.