Un dimanche de merde

ILLUSTRATION 1

Mon copain Des pas perdus écrit chaque semaine son opposition au travail du dimanche. Arguments, informations, citations, photographies, tout lui est bon pour renouveler chaque dimanche son inépuisable sujet.

Mon pauvre Des pas perdus, tu te bats en vain contre la modernitude qui ouvre les magasins quand les citoyens ont du temps de conso disponible. Ton combat est perdu d’avance. Faut acheter la mise à jour de ton logiciel, mon garçon ! Tu peux le faire un dimanche…

Profitant subrepticement du droit aux vacances qui nous est encore provisoirement accordé — Gattaz et Parizo, tous ensemble au Medef, obtiendront bientôt la fin de la calamité des congés payés — je me suis rendu dans le pays de la partie septentrionale de ma famille binationale.

Bienvenue chez les Bataves. Qui ont adopté le concept furieusement à la mode du koopzondag (le dimanche de vente).

Ouvrir le dimanche, helaas ! comme disent les Néerlandais, ça reste petits bras. Il a bien fallu constater que ça ne permettait pas de vendre autant qu’on l’aurait souhaité. Il a bien fallu trouver autre chose pour doper les sept jours d’ouverture. Ben voui, chez mes cousins bataves — il n’y a pas de poil dans la main comme chez notre sénateur gaulois qui n’a jamais travaillé — les magasins sont ouverts sept jours sur sept.

Mais ils ferment le plus souvent aux alentours de 17h ou 17h30. Feignasses ! Alors on a aussi inventé le koopavond (la soirée de vente où on ferme vers les 21 ou 22 heures).

Le koopavond, c’est supercool, mais les ventes continuent à stagner. Que faire ? Je sens que tu commences à piger le processus…

Hé bé voui ! On a aussi inventé le koopnacht (la nuit de vente). Où ne ferme que…

Bon, je ne sais pas si le système marche si bien que ça. Pour le koopzondag, le dimanche de vente, j’ai fait une expérience amusante. Nous avons visité un musée dans une rue commerçante d’Utrecht qui, pour les Pays-Bas, est comparable à Lyon en France. Une foule dense dans le musée. Par contre des magasins vides et des commerçants qui attendent avec un tantinet d’impatience que le visiteur sorti du musée daigne condescendre à bien vouloir se donner la peine d’entrer…

On ne devrait pas tarder à voir, chez mes cousins du nord qui ont le génie commerçant, de nouvelles inventions ébouripoustouflantes destinées à faciliter la prise de décision du consommateur.

Alors, se battre contre l’ouverture des magasins le dimanche, contre le dimanche de merde, mon pauvre Des pas perdus, c’est aussi utopique que de vouloir interdire le travail des enfants dans les mines.

ILLUSTRATION 2

Photos du dimanche. À côté d’un magasin ouvert la vitrine d’un magasin fermé portant l’affiche « Utrecht ne veut pas que chaque dimanche soit ouvert ». Section hollandaise de l’Internationale Des pas perdus…


« Un seul dimanche au bord de l’eau / Aux trémolos des petits oiseaux / Suffit pour que tous les jours semblent beaux / Quand on s’promène au bord de l’eau. » C’est une chanson extraite de La belle équipe, un film de Julien Duvivier de 1936. Jean Gabin chante Quand on s’promène au bord de l’eau. Si on a le plaisir du film, le son est médiocre, tu peux aussi l’écouter ici avec un son propre.

A propos de Pierrick Tillet 3655 Articles
Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.