Après la lecture de Todd : fuir les drogués de l’euro et de l’UE

Après la lecture de Todd : fuir les drogués de l’euro et de l’UE

Un autre des grands enseignements du dernier livre d’Emmanuel Todd est le constat du blocage économico-politique du pays par le double carcan d’une constitution européenne imposée au forceps et de la dictature monétaire de l’euro.

La « grande comédie » d’un pouvoir politique dépossédé de toute possibilité d’initiatives sociales

« L’entrée dans l’euro a permis la fin de la démocratie représentative en France », écrit Todd. Ce musellement de la démocratie française, continue Todd, a été possible grâce à la complicité d’un personnel politique jouant, en toute connaissance de cause, la « grande comédie » d’un pouvoir politique dépossédé de toute possibilité d’initiatives sociales par son assujettissement à Bruxelles et surtout à Berlin.

On marquera une petite différence d’appréciation avec l’analyse de Todd à propos de l’hypnose supposée des citoyens français envers l’euro. Comparer les résultats de deux référendums nationaux (1992 et 2005) avec les résultats d’un sondage 2017 de l’Ifop portant sur un échantillon de 1000 personnes, donc sans aucune valeur scientifique (p. 217), est largement sujet à caution pour conclure à une réelle ré-adhésion des Français aux principes de Maastricht. L’abstention massive des citoyens aux élections européennes de mai 2019 serait plutôt de nature à confirmer le contraire.

Aucune initiative sociale au niveau national, régional ou municipal, n’est possible sans sortie de l’UE et de l’euro

Quoiqu’il en soit, la leçon de l’analyse de Todd est limpide : aucun programme social promis par une organisation politique de gauche ou de droite n’est possible en France (ou en Europe) sous asphyxie monétaire de l’UE et de l’euro. Aucun ! Les circonvolutions de la France insoumise autour de l’idée de désobéissance relève juste de la « grande comédie » stérile dénoncée par Todd. Désobéir est le fait des écoliers et des sujets, pas des maîtres et des souverains.

Seul le Brexit a permis au gouvernement britannique d’augmenter le SMIC  – désormais supérieur au SMIC français en terme de taux horaire ! – et d’annoncer l’accélération de la nationalisation des chemins de fer. Il est désolant de constater que ces réformes soient le fait de coalitions de droite. Notre gauche à nous reste en plein coaltar. Même notre François Ruffin reste addict à l’idée européenne et ne peut guère espérer nos voix citoyennes sans urgente cure de désintoxication. Fuir les drogués de l’euro et de l’UE est un impératif citoyen.

Et puisqu’il est question en ce moment des municipales, notons qu’une liste qui promettrait la re-municipalisation de services publics comme la gestion de l’eau ou des cantines scolaires serait sous la menace d’un veto préfectoral sous injonction de Bruxelles à propos du grand “marché libre et non faussé”,  comme ce fut le cas pour les quelques arrêtés municipaux pris contre l’utilisation du glyphosate ou assimilé.

Terminons en mouchant cependant toute volonté de récupération par la sainte église réunie autour de François Asselineau : si la sortie du carcan de l’euro est une condition sine qua non de notre adhésion à un mouvement politique, celle-ci ne saurait suffire sans un programme social désespérément absent du projet de l’UPR.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.