Société civile contre État : une stratégie qui commence à porter ses fruits

Société civile contre État : une stratégie qui commence à porter ses fruits

L’autonomisation de l’État est un autre des grands enseignements du dernier livre d’Emmanuel Todd. Et c’est cette séparation de l’État et de la société civile qui permet (encore) aux tenanciers du premier de résister aux pressions grandissantes de la seconde depuis novembre 2018.

On obtiendra rien du gouvernement en se contentant de manifester contre lui, constatait en substance le Gilet jaune François Boulo au micro d’Aude Lancelin sur QG. Et de fait 15 mois de soulèvement et d’actes hebdos répétés, plus deux mois de grèves et de manifestations syndicales massives n’ont toujours pas fait céder un pouvoir planqué dans son splendide isolement.

Le mur anti-émigrés de Trump abattu par le vent à la frontière mexicaine.

Mais aucune forteresse, aucun rempart, aucun mur de la honte, n’est totalement irrésistible, comme vient de s’en rendre compte Donald Trump avec son mur anti-émigrés lamentablement abattu par des rafales de vent.

Démissions et début de retournement de veste dans la forteresse assiégée

Et la  stratégie de harcèlement adoptée par la société civile française, de plus en plus en rage, de plus en plus giletsjaunisés, contre les fondations des occupants de la forteresse, poursuivis dans leur moindre déplacement, leur moindre cérémonie de vœux, leur moindre sortie au restaurant, au théâtre, hués dans leur stade, assaillis dans leurs permanences, commence à porter ses fruits. Il n’est que de constater le nombre anormalement élevé de démissions au sein de LREM et le début de retournement de veste de certains éditocrates qu’on croyait pourtant inamoviblement fidèles.

La santé mentale des squatters actuels de l’État français commence d’ailleurs elle aussi visiblement à s’en ressentir, à commencer par celle du président lui-même qui mériterait un contrôle anti-dopage systématique à chacune de ses interventions.

Une inévitable extension du domaine de la lutte

Le gouvernement ne pliera que si l’on parvient à bloquer complètement l’économie du pays, expliquait François Boulo, toujours au micro d’Aude Lancelin, en citant comme cible les raffineries et les dépôts pétroliers. L’idée est louable, mais repose sur la détermination – et les possibilités de résistance financière – de ceux qui mèneraient ce genre d’action. On notera aussi que ces blocages ciblés sont assez aisément contrôlables par les forces de l’ordre.

L’un n’empêchant d’ailleurs pas l’autre, il est clair que la stratégie de harcèlement paraît aujourd’hui mieux partie pour porter ses fruits. Elle aura d’autant plus de portée lorsque les citoyens en colère auront l’inévitable idée d’étendre le domaine de leur lutte en harcelant aussi directement les super prédateurs, ces 0,1% dont parlait Emmanuel Todd. L’affaire paraît jouable, certains n’ayant déjà guère meilleure mine que leur homme de main de l’Élysée.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.