Bob Solo, plein les mirettes : « Lui, je l’épouse ! »

Bob Solo, plein les mirettes : « Lui, je l’épouse ! »

Ça se passe en mars 2003. Un week-end où Sophie n’a pas le goût pour une quelconque soirée. Elle adorait raconter cette histoire et j’adorais qu’elle la raconte. À l’époque elle est secrétaire de direction dans un grand groupe industriel. 20 ans de boîte. Une copine passe et l’embarque : allez viens, on va se marrer. Direction La Baie Des Singes, salle de spectacle fondée en son temps par Chraz soi-même. Au programme, un tremplin humour. Sous la houlette du très déconnant (et très sérieux) Philippe Mougel. Parmi les 9 candidats, le très inconnu Bob Solo – moi. Sophie se bidonne de la première à la dernière minute de mon passage sur scène. Au point qu’elle déclare à sa copine : « Lui, je l’épouse ! » Quelques mois plus tard, elle et moi vivions ensemble, et ça a duré 17 ans. En plus ce soir-là j’ai gagné le tremplin : elle m’a porté chance dès le premier jour.

Le lendemain matin je reçois un sms de félicitations. Sophie a récupéré mon numéro sur le flyer de mon spectacle. Mais elle ne signe pas. Je ne sais donc pas de qui il s’agit. À ce moment-là, croyez-le ou pas, j’avais déjà quelques fans. Je réponds donc un mot de remerciements. Ayant gagné le tremplin, je suis à nouveau sur la scène de La Baie quelques semaines plus tard en première partie du chanteur humoriste Wally. Sophie est dans la salle. Elle dira : « Je suis venue pour la deuxième couche, pour confirmer ». Et pour elle tout se confirme en effet.

À partir de là nous allons communiquer pendant des semaines par sms puis par mail. Assez vite elle signe “Sophie”, je comprends donc que c’est une fille, mais je ne l’ai toujours pas vue, pas rencontrée “en vrai”. Mais les échanges sont plaisants, intéressants, nous faisons connaissance. Puis ça devient plus intime, plus tendre, plus “chaud”.

« Pour moi, c’était évident »

À cette période je vis en Ardèche du sud et elle en Auvergne. Mes copains d’alors s’intéressent à l’affaire et se moquent gentiment de moi sur le thème « elle est peut-être folle » et « si ça se trouve elle est moche ». Peu m’importe, c’est une belle relation naissante et ça me suffit, quoi qu’il arrive ensuite. Le printemps rejoint le début d’été et je commence à vraiment vouloir la voir. On en arrive à se téléphoner. Je réussis même à deviner sa couleur de cheveux, ses boucles, ses yeux bleus. Je l’invite. Elle vient. Elle est au rendez-vous, debout près de ce parc à Vals-les-Bains. Je me gare et je n’ai pas le temps de sortir de la voiture. Je la vois pour la première fois. Elle sourit, elle est radieuse. Ma vitre est baissée, Sophie se penche vers moi, m’embrasse. Un vrai baiser d’amoureuse. Elle répétera toujours la même chose : « Pour moi, c’était évident. »

Je quitte l’Ardèche peu après pour aller vivre avec elle en Auvergne. On se découvre, on est très différend, on échange, on s’apprécie, on s’aime. Elle travaille la semaine, moi le week-end pour mes spectacles. Elle m’accompagne ou me rejoint chaque fois que c’est possible. Elle finit par bien connaître mon one-man-show, elle s’installe près de la régie pendant les représentations, elle en arrive à donner les top lumière et son aux régisseurs d’accueil, puis à avoir envie d’être elle-même aux manettes.

Finalement elle quittera son travail quelques temps plus tard et se lancera dans l’aventure, avec un enthousiasme, un courage et une rigueur qui ne la quitteront jamais. Elle assure mes régies, puis d’autres, je lui transmets tout ce que je peux, mais au bout d’un moment ça ne lui suffit plus : elle a besoin de prendre confiance, besoin de connaissances et de légitimité. Et ça passera par de solides formations professionnelles. Elle se découvre cette passion : la création lumière. En quelques années elle devient une vraie pro et trouve dix fois plus d’engagements que moi. Elle se révèle créative, ingénieuse, bref, une véritable artiste dans son domaine. Je suis immensément fier d’elle et de ce qu’elle accomplit. On se soutient, on est complice, on traverse tout. Et notre histoire d’amour grandit et se renforce.

Magie de la vie, Sophie est revenue à La Baie des années après, cette fois en qualité de technicienne du spectacle. Magie encore : c’est exactement au même endroit que j’ai été accueilli les derniers jours par l’équipe de la salle (merci Lionel merci toutes et tous) pour me permettre de me rendre chaque jour à son chevet, m’évitant ainsi des centaines de kilomètres et des tas de frais supplémentaires. Et c’est encore dans cette même salle que nous avons été nombreux et nombreuses à pouvoir nous réunir après la cérémonie.

Je viens de retrouver le cadeau qu’elle m’avait fait pour un Noël : un recueil contenant tous nos échanges écrits du début de notre relation.

Merci encore ma chérie pour tout cet amour que tu m’as donné toutes ces années. Merci. Je t’aime.

Autodidacte en tout, café-théâtre, chanson française (auteur-compositeur-interprète), sculpture, photo, écriture, et même agriculture, en rupture de ban avec "le système", je me cantonne désormais à produire de la pensée et de l'émotion. Je n'attends pas de jours meilleurs (ils seront pires) mais j'en fabrique comme je peux...