Réfugiés : « Et si on arrêtait tout ? Si il n’y avait plus personne pour leur donner à manger, s’occuper d’eux…

ILLUSTRATION

Le témoignage et la vidéo qui suivent témoignent à la fois de la situation tragique des réfugiés victimes des folies du monde « civilisé » (guerres, ravages climatiques…), du courage exemplaires de quelques volontaires, et du naufrage moral de tous ceux qui acceptent sans broncher que de telles situations dramatiques se déroulent à leur porte.

La scène se passe à Paris, entre le 18e et le 19e arrondissement…


<< Et si on arrêtait tout ? Si il n’y avait plus personne pour leur donner à manger, s’occuper d’eux. On se demande vraiment ce qu’il se passerait. >>

Sans soutien de la Mairie ni de l’État, les bénévoles s’épuisent à palier chaque jour aux carences des responsables de ce pays. Mais leur colère monte, parce que l’annonce de Mme Hidalgo[1] n’a été suivie d’aucune évolution sur le terrain pour ce campement aux allures de catastrophe humanitaire, ou des femmes et des enfants se sont maintenant installés à même les trottoirs.

À chaque repas, les riverains viennent spontanément aider, en finançant par eux-mêmes, via les collectifs ou les invendus des commerçants, ce qui rempli le ventre de 1200 personnes depuis trois semaines. Mais un jeune Soudanais s’inquiète et me dit : << Dans quatre jours c’est le ramadan. Comment on peut faire le ramadan là ? >>

Lui et moi regardons la queue improbable du millier de migrants qui longe la rue d’Aubervilliers. Les voitures passent tout près d’eux. À ce moment une rixe éclate, entre deux hommes qui se disputent un gobelet en plastic alors qu’un soutien leur distribue du thé. Un homme est projeté sur la chaussée devant un camion qui pile net. Ouf. << Il y a des bagarres, ça devient vraiment tendu >>, me dit un soutien. << Mais comment éviter cela ? >>

Hier matin l’eau du camp a été coupée par la Mairie.
Hier soir les gens n’ont mangé qu’à deux heures du matin, grâce à un riverain qui a apporté une énorme marmite de riz. 
Hier soir la rue d’Aubervilliers a été occupée. Pour se donner du courage les gens ont dansé, les réfugiés ont parlé, revendiqué. 
Ce matin 24 réfugiés ont été arrêtés par la police alors qu’ils allaient aux bains-douche. 22 sont ressortis du commissariat avec une OQTF (obligation de quitter le territoire).

Et ce soir ?

=> Témoignage : Salam quand même مرحبا بكم على أي حال

Notes

[1] Anne Hidalgo, maire de Paris, a annoncé le 31 mai l’ouverture prochaine d’un camp <<humanitaire >> d’hébergement pour réfugiés.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.