Chasse à l’homme à Mayotte et menace de guerre civile

ILLUSTRATION

À Mayotte, dernier-né des départements français, la situation est explosive. On est au bord de la guerre civile. Si ce témoignage est anonyme, tous les faits mentionnés sont abondamment relatés par la presse locale.

« La situation est grave à Mayotte, un seuil inédit a été franchi. […]

Les colonies, aujourd’hui les DOM, ont toujours servi de laboratoires. Il y a aujourd’hui une telle banalisation de la violence des discours et des expulsions qu’à présent les tracts anonymes qui appellent au « nettoyage » des villages de tous leurs « étrangers » (« Comoriens ») sont relayés par le groupe Kwezi (radio-TV-journal).

Une chasse à l’homme est prévue dimanche prochain à Boueni, tu peux télécharger le tract. (Photo)

Le type d' »initiative citoyenne » (terme employé par les journalistes de Kwezi à la radio) qui s’expérimente ici pourrait s’expérimenter un jour en « Métropole ». Imagine que des habitants de la commune d’Orange décident d’organiser une expulsion collective de tous les arabo-négro-musulmans dimanche prochain, départ à 6 h du mat’, suivi d’un barbecue festif (voulé), et que cet événement soit relayé par BFM… Voilà où nous en sommes ici.

Il faudrait au moins une action contre Kwezi, cette Radio Mille collines qui ne cesse de façon plus ou moins insidieuse, d’attiser les flammes de la xénophobie tant chez les « mahorais » que chez les « métros ». Cautionnant la formation de milices populaires pour lutter contre le fléau protéiforme de l’immigration, source de tous les maux. Les témoignages de violences lors de ces opérations (caillassage, bastonnage…) sont de plus en plus nombreux.

Le jour où les machettes qui s’aiguisent dans les arrière-cours entreront en action (les « Comoriens » chassés commencent à résister à leur expulsion), on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas ! Des familles de plus en plus nombreuses sont contraintes de vivre au dehors, parfois sur le bord des routes-mêmes (même quand elles ont leurs papiers) comme on le voit dans cet article.

En espérant que ces informations retiendront ton attention, et que tu pourras faire en sorte de les diffuser dans tes réseaux pour que les gens commencent à prendre conscience de ce qui se passe à Mayotte. S’il y a un département où le droit du sol est déjà remis gravement en question et où il risque d’être complètement démantelé, c’est Mayotte. Et cela pourrait ne pas s’arrêter là..

Je ne juge pas la population « mahoraise » (qui est loin d’être unanime) qui est elle-même victime d’une situation impossible, un ensemble de contradictions, des inégalités qui explosent, un cadre de référence culturel qui s’effondre, etc. Le pourrissement de la situation est d’abord le fait d’une bonne partie de l’élite mahoraise et de l’Etat français. Ce serait trop long à détailler… »

Après ce témoignage anonyme, citons également un article sans détour du Journal de Mayotte.

« […] de nombreuses rumeurs enflamment les villages du sud mais aussi les réseaux sociaux. En plus de l’opération de villageois de Bouéni contre des Comoriens annoncée pour ce weekend, certains évoquent de nouveaux « décasages » à Kani-Kéli, Mzouazia et Chirongui.

« Il faut que les dirigeants de Mayotte prennent conscience que ça peut très mal tourner. Actuellement, c’est la population qui fait la loi et il ne faut pas laisser faire. Parce que, d’un côté, comme de l’autre, ça risque d’éclater. Les gens vont finir par se dire, « pourquoi ne pas se battre ? » s’inquiète Kamaralay Djamil Saïndou.

Et de fait, des SMS et des messages relayés sur Facebook utilisent des mots comme « combattre », « s’auto-défendre », « rendre la monnaie à ses villageois »… Il est en effet grand temps qu’une parole politique forte vienne combler un vide qui devient insupportable et laisse le champ libre à l’embrasement d’une société. »

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.