Municipales et présidentielles : trois stratégies, un seul lieu d’action (la rue)

Municipales et présidentielles : trois stratégies, un seul lieu d’action (la rue)

Depuis le début du soulèvement des Gilets jaunes, aucun scrutin politique d’importance (les européennes : une parodie de démocratie sans conséquences). Mais voilà que se profilent deux élections cruciales : les municipales (2020) et la présidentielle (2022). Cruciales en ceci que quoi qu’on en dise, les résultat de ces consultations ont un impact immédiat sur le quotidien des citoyens.

Dire (à raison) que les élections ne changent rien, qu’aucune révolution n’est jamais sortie des urnes, induit une conclusion politique majeure : les élections ont au moins une capacité éprouvée d’immobilisation et d’enlisement social, très bien téléguidée par l’oligarchie en place. Problème : comment sortir de ce cul-de-sac politique ?

J’y vais ou j’y vais pas ?

Concernant l’attitude à adopter lors de ces élections, la première des choses à faire est, me semble-t-il, d’établir  parfaitement la problématique à résoudre. Concernant la participation au jeu électoral, celle-ci se pose en trois points : j’y vais avec (mais qui ?), j’y vais tout seul (comment et toujours avec qui ?), j’y vais pas (abstention ou vote laissé à l’appréciation de chacun).

1. J’y vais avec (mais qui ?)

C’est la stratégie choisie par exemple, par François Ruffin, même si celui-ci reconnaît que les « outils » aujourd’hui disponibles (syndicats, partis) sont « rouillés ».

Questions (nombreuses !) : comment peser sur les appareils existants pour qu’ils appliquent leur promesses ? comment éviter le piège du vote utile ou du vote sanction ? comment imaginer que ce qui n’a rien changé en 60 ans de 5ème République va soudain se mettre à être efficace ?…

2. J’y vais tout seul (comment et avec qui ?)

C’est la piste qui trotte évidemment dans la tête de bien des citoyens de base : des listes Gilets jaunes aux municipales, un candidat Gilet jaune à la présidentielle.

Questions : comment bâtir une liste avec des candidats ayant suffisamment de notoriété locale pour attirer sur elle les électeurs-lambda (municipales) ? Comment franchir ne serait-ce que la barrière des 500 signatures préalables pour imposer un candidat GJ (présidentielles) ? Et je ne parle pas de l’obstacle médiatique à franchir pour se faire entendre !

3. J’y vais pas (abstention ou vote laissé à l’appréciation de chacun)

Sans aller jusqu’à prôner l’abstention aux élections (à chaque citoyen son libre choix), c’est la voie suivie par beaucoup de Gilets jaunes, sur les ronds-points, dans les différentes réunions sur le sujet. L’Assemblée des assemblées, par exemple, ne veut pas entendre parler de convergence avec les appareils politiques, mais exige de pouvoir exercer un contrôle citoyen sur les représentants politiques (RIC locaux ou national).

Questions : comment contraindre les candidats aux différents postes locaux et nationaux  à légaliser le RIC une fois au pouvoir ? comment imposer un contrôle citoyen sans avoir soi-même le pouvoir politique pour le légaliser ?

La rue est le seul lieu de pression populaire

Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’aucune de ces trois pistes dites “légalistes” n’est clairement satisfaisante. Toutes sont aisément contournables et manipulables par les assoiffés du pouvoir.

Poser la problématique permet au moins de dégager une vérité évidente : la rue reste le seul lieu de pression populaire. Le lieu de travail ? La grève générale ? Encore faut-il déjà avoir un travail et avoir la possibilité de le laisser en plan. Et en période de crise grave, il est naturel et compréhensible que ceux qui ont un emploi, souvent très précarisé, soient tentés de le sauver en ne l’interrompant pas.

Les Gilets jaunes doivent donc se rendre à l’évidence : quel que soit le choix de chacun ou de tous dans les trois pistes évoquées ci-dessus, la stratégie prioritaire à suivre à l’approche des prochaines consultions électorales, municipales et présidentielle, sera de maintenir une pression d’enfer dans la rue. Toute trêve de campagne électorale aboutirait à un recul social et politique désastreux. En 1936, c’est la pression populaire qui contraignit le gouvernement Léon Blum à prendre ses grandes mesures sociales.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.